Un art de la data - Urbanmobs
Loin de la méfiance que suscite parfois le Big data, il est possible de créer des œuvres ou des dispositifs surprenants en utilisant des données.

Un art de la data

La matérialisation de la data ouvre la voie à des expériences sensibles inédites

Et si la data nous ouvrait des horizons poétiques inédits, élargissait notre conscience ou renouvelait notre regard sur nos vies ? Pour des designers, chercheurs ou artistes, cette donnée numérique constitue une matière première de choix pour innover dans cette direction. La donnée nous parle, surtout quand elle se métamorphose de l’abstrait au concret. Elle sait même alors raconter des histoires... voire notre propre histoire.

Peut-être avez-vous déjà été époustouflé par les Data Vizualisations ou dataviz d’aujourd’hui, qui donnent à comprendre un univers de données complexes d’un seul coup d’œil, par le biais de représentations graphiques parfois très esthétiques. C’est très utile, cela apporte à la donnée une dimension un peu plus concrète, mais ne la rend pas plus sympathique et humaine.

La data expérience, quant à elle, a pour ambition de rendre les données tangibles, c’est-à-dire de les transformer en «choses», pour les rendre compréhensibles et intelligibles par le plus grand nombre, les dédramatiser, et nous inciter à écouter ce qu’elles ont à raconter. Catherine Ramus, ingénieur-designer du laboratoire Sense (Sociology and Economics of Networks and Services) aux Orange Labs, résume ainsi cette ambition :

L’idée est d’utiliser la capacité qu’ont les représentations, non pas analytiques, mais sensibles, à nous toucher, à provoquer une émotion, une connaissance, une acceptation et une compréhension. C’est la rencontre entre le sensible et le cognitif qui nous permet d’aller vers une connaissance plus fine de ces données à la fois complexes et abondantes.

Rendre la donnée accessible aux sens

Dès 2008, un projet précurseur comme Urban Mobs, développé par Orange Labs et faberNovel, mettait en scène des données provenant de l’activité des téléphones mobiles (appel, SMS, déplacement, etc.). Le but était de rendre perceptibles les données, en dévoilant un «pouls urbain» reposant sur l’activité des foules et leur mobilité, autrement dit, en cartographiant des émotions populaires.

UrbanMobs -Orange - Cracovie
Représentation de l’activité des téléphones mobiles le 21 juin 2008 à l’occasion des feux de la Saint-Jean, que fêtent des habitants de Cracovie au bord de la Vistule.

Cette voie d’exploitation de la data sous forme de visualisation pour créer une expérience sensible s’est élargie depuis à d’autres types de créations au moyen, par exemple, de la matérialisation de données, comme les Empreintes de mouvement ; de mises en sons de données, avec SonaR ; d’installation interactive, telle Surexposition.

Ces quatre exemples sont le fruit du travail de l’équipe Sense d’Orange, qui regroupe des profils divers – chercheurs en sociologie ou en manipulation et en mise en forme de data, ingénieurs, designers –, mais pas seulement, comme l’explique Catherine Ramus :

Notre projet de recherche porte sur ce que l’on a appelé les objets data. Il s’agit de réaliser des objets sur la base de données, pour amener à penser de nouvelles pistes, de nouvelles innovations, de nouvelles manières de regarder les choses. Pour y parvenir, nous allons chercher la compétence là où elle est. Nous travaillons en mode agile.

Ainsi, pour Urban Mobs, le projet a été réalisé avec une agence. Empreinte de mouvement est une production «maison» des Orange Labs. Surexposition a quant à lui été réalisé en partenariat avec Ensad Lab, le laboratoire de l'École nationale supérieure des Arts décoratifs, dont fait partie l’artiste et enseignant-chercheur Samuel Bianchini qui a piloté le projet en prenant en compte le souhait d’Orange : créer une œuvre avec de la data dans l’espace urbain.

Chaque réalisation requiert les compétences de différents métiers, par exemple pour combiner des travaux de développement, de design graphique, de design sonore, de dispositifs interactifs. L’objectif est d’arriver à faire travailler tout le monde, non pas ensemble tout le temps, mais via un séquençage des travaux, pour in fine produire un objet tangible qui va raconter une histoire.

Comme l’expliquait déjà Catherine Ramus en 2012 à propos de l’approche en termes de design pour Empreinte de mouvement  :

L’advanced design c’est avant tout un travail en équipe où la rencontre du designer avec l’ingénieur, ou le chercheur, et le mélange de leurs pensées, conduit la plupart du temps à des réalisations hyper concrètes, qui apportent une nouvelle dimension, porteuse de sens et d’innovation.

Les artistes sur la brèche

Si une entité telle que Sense peut faire appel à des artistes pour ses réalisations d’objets data, c’est parce que nombre d’artistes ont investi le territoire du numérique dès qu’il a émergé avec les NTIC. La donnée y est utilisée, entre autres, comme matière première pour produire des œuvres susceptibles de provoquer des émotions, réflexions, interrogations, imprégnations, etc.

Samuel Bianchini, qui collabore avec Sense, avait ainsi créé en 2008 une œuvre, Valeurs croisées, consistant en un mur de compteurs réagissant à la présence du public.

Un autre artiste emblématique tel que Ryoji Ikeda met, par exemple, en sons et en images les flux de data de l'Internet et de tous les supports du numérique. Une œuvre comme data.tecture [5 SXGA+ version], datant de 2012, matérialise ainsi la substance invisible des données qui composent notre environnement, à partir de fragments de codes informatiques ainsi que de données scientifiques (ADN, coordonnées astronomiques…). Soit une expérience d’immersion dans la data, pour mieux la toucher du doigt, la caresser, l’appréhender…

Ce type de proposition artistique est très proche de la data expérience, au cœur des projets de Sense. Sauf que ces derniers ont aussi pour support des données personnelles rendues «anonymes». Des datas qui racontent des histoires, à partir de trajectoires collectives ou singulières, donc parfois des données assez intimes, rendues sensibles et partageables par l’objectivation. Des données que l’on peut ainsi, en quelque sorte, se réapproprier, et qui sont valorisées dans d’autres territoires que le marketing.

Découvrez en détail trois œuvres emblématiques de cette démarche : SonaR, Cinégraphe et Empreinte de mouvement.
 

L’ingénieur-designer Catherine Ramus explique comment l’on peut transformer quelque chose d’aussi abstrait que la donnée en une création sensible.

Durée : 4mn Télécharger

Catherine Ramus précise les compétences mises en œuvre pour produire des créations à partir de la data et pourquoi ce travail se prolonge avec Art Factory.

Durée : 3mn Télécharger

Rose Dumesny, designer, donne son éclairage sur l’apport de ce métier dans l’expérience data.

Durée : 2mn Télécharger

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