Un art de la data

La matérialisation de la data ouvre la voie à des expériences sensibles inédites

Empreinte de mouvement (2011-2014)

Dans un espace et un temps déterminés, les déplacements individuels ou collectifs de personnes volontaires sont tracés par téléphone mobile et mis en relief sur une cartographie en 3D. Plus longtemps des lieux sont fréquentés, plus la forme qui les représente est proéminente, et inversement. Si elle présente un intérêt d’étude bien concret, notamment pour des urbanistes, cette matérialisation spatiotemporelle de l’activité humaine va bien au-delà. Elle raconte aussi des histoires de vies à qui peut s’identifier au lieu ou à la personne au cœur du mouvement.

Quelle est ma place dans ma ville ? Que vais-je apprendre des déplacements que j’y fais ? Et des données de géolocalisation fournies par mon mobile ? Est-ce que cela me représente ? Cela peut-t-il évoquer quelque chose à quelqu’un d’autre que moi ? Voici certaines des questions que se posent sans doute les personnes qui expérimentent Empreinte de mouvement. En jouant le jeu de cette expérimentation qui repose sur le concept «faire de nos trajets quotidiens une œuvre unique», ils optent pour l’enregistrement de leur géolocalisation sur une période donnée, afin de la visualiser ensuite sous la forme d’un paysage personnel de leurs propres déplacements. Ils peuvent même in fine la faire imprimer en 3D.

Empreintes de mouvement individuelles de 10 habitants de Paris et de sa petite couronne, du 15 décembre 2011 au 15 janvier 2012.

Dispositif innovant et esthétique, Empreinte de mouvement aborde la géolocalisation sous un angle nouveau. Comme le souligne Catherine Ramus, ingénieur-designer de l’équipe :

Avec Empreinte de mouvement, on crée un objet à partir de data. On aurait pu faire une représentation plus classique, avec des zones bleues ou rouges, selon que l’on y passe plus ou moins de temps. Mais en proposant un objet plus tangible, cela raconte autre chose.

En matérialisant les déplacements d’une personne dans la ville par des parcours et des volumes représentant les lieux fréquentés, Empreinte de mouvement fait émerger une prise de conscience du rapport de chacun à l’espace et au temps, de façon divertissante et poétique. C’est aussi une façon de se réapproprier ses données personnelles.

Mais présenter Empreinte de mouvement dans un contexte d’exposition, n’est pas chose évidente, car il est difficile pour le public de se projeter sur les seules données des autres. Il faut biaiser, ainsi que l’explique Catherine Ramus :

La donnée est là pour raconter quelque chose : on ne peut pas avoir une perception dite «sensible» si cela ne repose pas sur une histoire. Quand on «expose» les empreintes, on projette dessus des données personnelles de la personne concernée, pour reproduire sa journée de déplacements : à 9 heures elle sort de chez elle, etc. Voir ce qui bouge, et que cela reproduit l’histoire de cette personne, c’est cela qui est important. Le côté narratif, plutôt que l’effet descriptif.

Une version collective

En revanche, si l’on regarde la version collective d’Empreinte de mouvement, réalisée à Rennes, sur le quartier du Blosne, on saisit instantanément l’histoire des déplacements que cela raconte, pour peu que l’on connaisse la ville.

Empreinte de mouvement collective à Rennes, du 26 octobre au 8 décembre 2013.

Issue d’un partenariat entre Orange, Rennes Métropole et l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme de Rennes, cette expérimentation a été menée d’octobre 2013 à janvier 2014. L’objectif était de mettre en œuvre un outil d’aide à la décision dans le cadre du projet urbain du Blosne. Des informations telles que les lieux fréquentés, les moyens de transports des habitants, en fonction des heures de la journée, des jours de la semaine, des périodes de vacances, etc., servent notamment à optimiser les trajets et les arrêts de bus, les horaires de métro ou à mieux dimensionner les centres commerciaux ou les espaces culturels et sociaux.

Visible sur un site en accès privé, cette empreinte collective en 3D montrait les lieux fréquentés avec des reliefs plus ou moins hauts en fonction du temps passé. Chaque participant pouvait aussi consulter sa propre empreinte, et obtenir ainsi une photo 3D vraiment inédite de sa vie.

L’équipe d’Empreinte de mouvement

Ce concept-design a été imaginé par Catherine Ramus, alors au Technocentre d’Orange, ainsi que Loïc Le Guen, de l’Ensci. Il a pu se développer avec le Laboratoire Sense d’Orange, notamment avec les chercheurs - Zbigniew Smoreda, Cezary Ziemlicki, Thomas Couronné, Philippe Gouagout, Gildas Belay, Christophe Floutier -, et Guenolé Baudouin, «creative codeur».

Cette création a été montrée pour la première fois dans le cadre de l’exposition «Circuler, quand nos mouvements façonnent les villes», à la Cité de l’architecture et du patrimoine, à Paris, en 2012. Empreinte de mouvement  a ensuite été présentée au Musée des Arts et Métiers à Paris en 2012, à la Biennale du Design à Saint-Étienne en 2013, au Pavillon M, Marseille dans le cadre de Marseille-Provence 2013, etc. Elle a reçu un Cristal d’or, catégorie Future is now, au Cristal Festival, en 2012, ainsi qu’un label de l’Observateur du design, en 2013.
 

L’ingénieur-designer Catherine Ramus présente les principaux enseignements et perspectives de la création Empreinte de mouvement.

Durée : 4mn Télécharger

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