Un art de la data

La matérialisation de la data ouvre la voie à des expériences sensibles inédites

SonaR (2014)

SonaR est une installation qui met «en musique» l’activité du réseau de téléphonie mobile, au rythme de laquelle vibre la cité. Un design sonore rend sensible cette perception de l’activité humaine. Un son a été choisi pour trois types d’événements qui traversent les antennes : les SMS, les appels et la data consommée. Plus il y a de communications, plus l’effet est important.
Il devient ainsi possible d’écouter le pouls de la ville dans différents lieux emblématiques et à certaines dates marquantes ou en temps réel. Soit une sorte de mémoire sonore, autant que visuelle, révélatrice de notre temps.

Si vous êtes Parisien et que vous avez choisi de voir via SonaR comment vibrait Paris le 11 janvier 2015, jour de la grande manifestation «Charlie» Place de la République, vous aurez vraisemblablement un fort flashback. Vous vous demanderez : et moi, que faisais-je à cette heure-là ? Ou vous penserez : j’y étais… Dans les deux cas, SonaR ne laisse pas indifférent, car au-delà d’être un dispositif technologique, il raconte avant tout une histoire bien humaine. Mais le quotidien du citadin, ce sont aussi des jours lambda, ceux de présupposées galères des transports qui n’en sont pas, comme le 23 mars 2015, jour de circulation alternée à Paris, où contre toute attente rien de spécial n’était à remarquer sur SonaR.

Comme l’explique Catherine Ramus, ingénieur-designer de l’entité Sense des Orange Labs :

SonaR c’est un peu comme Urban Mobs, sauf que pour restituer l’activité des antennes mobiles, un son est attribué à chaque type d’activité. La Data Vizualisation et cette manière sonore d’entendre la ville nous permettent de «voir» celle-ci dans notre tête. Nous pouvons nous projeter, essayer de comprendre quelque chose qui est extérieur à nous, mais alors nous nous apercevons que nous sommes dedans.

Ainsi, la représentation graphique et sonore d’une masse de données anonymes provenant d’un collectif pourrait apporter une dimension humaine à quelque chose de très abstrait ? Il semblerait… Car la personne qui observe se sentirait appartenir à ce collectif. Elle comprendrait qu’il y a une activité humaine derrière la donnée, et que le dispositif raconte une histoire dans laquelle elle peut se projeter, qui génère de l’empathie et de la compréhension. Ce type de démarche sensible serait donc l’un des moyens actuels «d’humaniser» la data.

SonaR a été présenté à différentes reprises, notamment à Futur en Seine, en juin 2015. Le dispositif permettait de choisir entre six dates et six lieux, d’écouter l’ensemble de la mise en sons ou uniquement la matérialisation sonore des SMS ou celle des appels ou encore des datas. Dans cette création, le périmètre d’écoute peut être agrandi ou réduit (en cliquant sur les cercles). Il est également possible d’orienter cette écoute (la tête étant symbolisée par le triangle jaune), en cliquant sur les icônes de flèches, comme si l’on tournait sur soi-même pour écouter le son de la ville tout autour.


Légende : Une vue de l’activité des antennes mobiles Orange à Paris, le 31 décembre 2014, en début d’après-midi.

Les petits points sur la carte représentent des antennes mobiles de Paris, mais pas leur intégralité, afin de conserver une bonne lisibilité graphique.

Chose curieuse, les participants aux présentations ne font que très rarement les remarques habituelles sur une hypothétique nocivité des antennes ou sur le fait d’être pisté par ses données. L’esthétisation de la représentation, le décalage sur le mode sensible et l’anonymisation de la data provoquent plutôt une prise de conscience dans le registre : «De toute façon, c’est le monde dans lequel on vit. Autant qu’on le sache.»

Un dispositif appelé à évoluer

Depuis Futur en Seine, SonaR est passé au temps réel. La prochaine étape consistera à permettre à des artistes, des DJ en particulier, de «jouer» les datas via une installation sonore adaptée à leur composition, dans une sorte de Data Set musical.

L’équipe de SonaR

SonaR est une installation proposée par Orange Labs. L’équipe de Sense (Sociology and Economics of Networks and Services), composée notamment de l’ingénieur-designer Catherine Ramus et du chercheur Cezary Ziemlicki, a travaillé avec le designer sonore Pascal Taillard et l’agence de design sonore Laps, sur la base des lignes directrices du design sonore d’Orange. Marc Brice, chef de projets Orange Labs dans l’entité Open Serve, a accompagné l’équipe pour le traitement des données.

Le chercheur Cezary Ziemlicki, présente sa contribution au projet SonaR en tant que data scientist, spécialiste du traitement des données.

Durée : 4mn Télécharger

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