Albertine Meunier, au cœur du réseau

Elle rend visible l’invisible de nos usages du net

Croisements (2012) de Albertine Meunier et Julien Levesque

Albertine Meunier et son compère Julien Levesque avaient déjà constaté qu’ils se rencontraient souvent dans Paris. Mais combien de fois leurs trajectoires se croisaient-elles sans qu’ils s’en aperçoivent ? Pour trouver la réponse à cette question, ils ont imaginé un ingénieux dispositif : à partir des informations de géolocalisation fournies par leurs mobiles, l’œuvre révèle sous forme de courbes tracées sur papier – à la manière d’un électroencéphalogramme – la distance qui les sépare l’un de l’autre.

Elle est passée par ici, il repassera par là...

Ce barographe détourné est connecté à Internet et trace la courbe de distance d’Albertine puis celle de Julien.


Plus le tracé de la courbe est haute plus l’éloignement est important. La distance maximum enregistrable peut atteindre 20 000 000 mètres. Si la courbe se rapproche de l’abscisse, la distance tend alors vers son minimum, autour de 10 mètres. Mais elle permet tout autant de suivre leurs déplacements à l’autre bout du monde.

L’œuvre Croisements est à la fois scientifique, via des courbes sur papier on ne peut plus classiques, et poétique… Elle dégage même un léger parfum de magie. Elle est comme un traceur discret, qui semaine après semaine, suit et donne à voir la proximité entre deux personnes.

Cet objet qui permet de mesurer et tracer des courbes de la distance qui nous sépare en temps réel, est à ma connaissance le seul objet qui observe la distance qui sépare deux individus.

Elle révèle le croisement entre deux personnes, leur éloignement, le dessin comme le dessein de leurs parcours dans l’espace. Voire même quelque chose de ce que certains appelleraient «les champs morphogénétiques» (plus connus sous l’appellation transmission de pensée ou télépathie) et que d’autres  préfèrent nommer le «hasard».

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