AntiVJ, au-delà de l’écran

Les projections novatrices de ces artistes numériques revisitent notre espace urbain

3destruct v2 (2011)

Cette installation audiovisuelle, créée à l’origine en 2007 par les artistes visuels Yannick Jacquet et Jérémie Peeters et mise en musique par Thomas Vaquié, est considérée comme l’œuvre fondatrice et la première production d’AntiVJ. Les artistes ont conçu en 2011 une nouvelle version de l’œuvre, dans laquelle des jeux d’image, de sons, d’échelle et de lumières transforment la perception de l’espace du spectateur.

Thomas Vaquié, designer sonore

Si les œuvres et les performances des artistes visuels d’Antivj ont connu un tel succès, c’est qu’elles sont la plupart du temps mises en musique par le compositeur Thomas Vaquié, décrit comme une sorte de «plasticien du son» par Olivier Ratsi. Venu de l’univers de l’image et du cinéma, ce jeune musicien et ingénieur du son français, installé à Bruxelles, se distingue par son sens de la dramaturgie et ses innovations en matière de timbre, apportant aux images créées par ses collègues une dynamique inédite dans l’univers de l’art numérique ou de la musique électronique.

Thomas Vaquié : «Je ne suis pas un enfant de la techno, plutôt du rock, tout en m’étant intéressé à toutes les musiques, du jazz au classique en passant par le métal. Je n’avais jamais vraiment composé de la musique électronique avant de travailler avec Antivj. Mon travail doit sans doute plus à la musique de film, car c’est avant tout le rapport à l’image qui m’importe. J’aime une musique de film plus contemporaine, qui diffère des orchestrations hollywoodiennes. Je pense par exemple à la bande originale de “There Will Be Blood” de Jonny Greenwood (de Radiohead), où l’on retrouve des orchestrations simples, sans fioritures, où les éléments du décor sont juste signifiés par une petite note de guitare ou de synthés, mélangée à quelques cordes. J’aime par ailleurs l’utilisation de la musique électronique au cinéma, par exemple avec le générique de “Enter The Void” où le titre techno de LFO apporte une nouvelle couleur à l’univers du long-métrage.»

Ce qui est toutefois le plus frappant dans les bandes originales de Thomas Vaquié, composées pour les performances d’Antivj présentées à Songdo, à Montréal ou à Enghien, c’est leur couleur sonore qui semble souvent refléter les matériaux et l’architecture sur lesquels les images sont projetées.

Thomas Vaquié : «C’est une approche évidente. Il s’agit de parler du bâtiment, de l’atmosphère… Le bâtiment est notre matière première, il constitue notre point de départ. Le travail des images joue beaucoup sur les trompe-l’œil, et je crois donc que l’on peut apporter, grâce à la musique, une certaine vie à ce bâtiment. Il s’agit en quelque sorte de faire parler ce bâtiment. Quand j’ai l’occasion de pouvoir faire des repérages en amont, j’aime enregistrer des éléments sur le bâtiment lui-même, que cela soit une tôle que l’on fasse grincer ou une surface sur laquelle on puisse frotter des objets. J’aime que ces sons, une fois enregistrés et placés dans ma composition, puissent raconter quelque chose. J’aime l’idée de la musicalité des sons de la vie courante. Si j’enregistre un bruit de tôle, je vais essayer de chercher sa tonalité pour pouvoir l’intégrer dans la musique voire même chercher à le “morpher”, le transformer en un son de violon, comme si le bâtiment bougeait, pouvait se faire entendre et commençait à chanter.»

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