AntiVJ, au-delà de l’écran

Les projections novatrices de ces artistes numériques revisitent notre espace urbain

Mécaniques Discursives (2012)

Cette installation est issue de la rencontre entre le graveur Fred Penelle et Yannick Jacquet. Mélange de gravure et de projection vidéo, elle représente une sorte de machinerie absurde et poétique évoquant les territoires de l’enfance, les images d’Epinal ou certaines représentations scientifiques au charme désuet. L’œuvre se développe sur les murs à la manière d’un cadavre exquis, prenant comme point de départ le principe de la réaction en chaîne. Frédéric Penelle s’efforce depuis un certain nombre d’années à faire sortir la gravure de son cadre et de ses “beaux papiers”. Quand au travail de Yannick Jacquet, il est marqué par un désir de sortir des formats de projections traditionnels et de mettre en espace la vidéo.

Hi-tech contre low-tech

Si, depuis une dizaine d’année, la culture, l’art et l’esthétique du numérique ont donné naissance à de nombreux festivals et conquis de nombreuses manifestations artistiques, l’imagerie qui leur est traditionnellement associée montre un certain essoufflement. Minimalisme graphique, à-plats de couleurs, flashes lumineux, esthétique «fil de fer» et autres motifs se retrouvent de plus en plus dans des œuvres qui peinent à renouveler un imaginaire hi-tech désormais bien balisé.

«Cityscape 2095» de Yannick Jacquet, Mandril et Thomas Vaquié.

En 2012, Yannick Jacquet est l’auteur de deux nouvelles installations, présentées notamment au festival Nemo, qui tranchent avec cette tradition esthétique, et ouvrent de nouvelles perspectives visuelles. Avec «Cityscape 2095» conçue aux côtés du dessinateur Mandril et du sound-designer Thomas Vaquié, «il s’agissait de concevoir, de figurer, à partir d’une image panoramique, une journée en accéléré dans une ville imaginaire et futuriste. Et pour “Mécaniques Discursives”, réalisée avec Fred Penelle, d’agencer ensemble des éléments hétéroclites, laissant au spectateur le soin de se créer sa propre histoire

Le making-of de l’installation «Mécaniques Discursives», présenté au festival Scopitone en 2012.

Ces installations, inspirées par des techniques que l’on pourrait qualifier de low-tech (en l’occurrence, le dessin et la gravure) révèlent ici des univers poétiques et volontiers narratifs, qui apportent une émotion bienvenue aux rigueurs formelles et géométriques de l’art numérique, qui lassent de plus en plus les artistes, comme le public.

«Il y a deux ans» , explique Jacquet, «j’ai été invité au festival Scopitone de Nantes, afin de présenter mon installation “3Destruct”. Il s’agissait cette fois d’une pièce lumineuse, assez froide, qui renvoyait, comme beaucoup d’autres installations de ce même festival, à toute une esthétique minimale, dure, structurée autour de lignes blanches, que l’on retrouve dans une grande partie de l’art numérique. J’avais à l’époque ressenti une sorte de saturation. Travailler avec le dessinateur Mandril puis plus tard avec le graveur Fred Penelle, a ainsi constitué pour moi une forme d’échappée, hors de cette esthétique. Le succès de l’installation, qui s’est fait sans publicité et grâce au bouche-à-oreille, prouve sans doute que les spectateurs, les artistes comme les programmateurs, sont à la recherche de nouvelles formes de figuration.»

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