AntiVJ, au-delà de l’écran

Les projections novatrices de ces artistes numériques revisitent notre espace urbain

Songdo (2009)

À l’occasion de l’inauguration de l’un des bâtiments du nouveau quartier de Songdo, à Incheon en Corée du Sud, les artistes visuels Yannick Jacquet, Joanie Lemercier, Olivier Ratsi et Romain Tardy, ainsi que le musicien Thomas Vaquié, ont imaginé une œuvre audiovisuelle. Elle utilisait la technique du mapping, avec une projection sur toute la façade du bâtiment. Ses formes et son animation reflétaient l’idée «d’une ville en train de se construire en temps réel sous nos yeux», selon Ratsi. Le projet du quartier de Songdo est en effet celui d’une future ville moderniste, à la fois ubiquitaire, hyperconnectée et durable qui devrait rassembler 65 000 habitants à l’horizon 2015-2018.

Le mapping, plus fort que la 3D !

Au cours de la seconde partie des années 2000, les membres d’AntiVJ figurent parmi les premiers artistes à expérimenter la technique et l’esthétique du mapping. Elle permet d’adapter une image vidéo à la forme et à la surface de l’objet sur laquelle elle est projetée, que l’on évoque un simple cube de carton ou la façade d’un bâtiment.

En projetant des formes et des animations conçues en trois dimensions, les artistes peuvent créer toute une gamme d’illusions d’optique, de jeux d’échelle et de lumières qui transforment de manière étonnante la perception des spectateurs. Différente de la 3D cinématographique, la technique du mapping permet elle aussi d’expérimenter la notion de relief et d’immersion du spectateur, tout en étant basée sur un procédé inverse, puisqu’il s’agit de projeter une image sur des objets réels, et non plus sur un simple écran rectangulaire.

L’idée fondamentale avec le video mapping, c’est que l’on peut transformer n’importe quel objet en écran, en surface de projection. (Nicolas Boritch)

«Joanie Lemercier avait déjà expérimenté cette technique au Club Transmediale en 2007, sur une sculpture à base de polygone. Lorsque nous avons continué à la développer au cours des deux années suivantes, peu d’artistes avaient alors réussi à hisser leurs expérimentations au même niveau. Le fait de projeter nos images sur des bâtiments à un tel niveau macroscopique, en utilisant notamment la technique des ombres portées, avait un côté très spectaculaire, qui nous a aidé à nous propulser sur une certaine scène tout en bénéficiant d’une grande exposition internationale, notamment grâce à nos vidéos postées sur le Net», raconte Olivier Ratsi.

Ces performances possèdent une grande force. Spectaculaires, elles créent un nouveau rapport d’échelle entre l’œuvre et le public. Mais, de façon plus subtile, elles permettent de révéler la structure du bâtiment, de jouer avec sa forme et ses fondations et, in fine, de lui apporter une nouvelle valeur fictive, voire poétique.


Cliquez sur l'image ci-dessus pour voir le diaporama Flick'r témoignant de l’œuvre «Pelure d’oignon - Église» (2009) d’Olivier Ratsi.

Dans son approche et ses travaux personnels, Olivier Ratsi utilise «les lignes directrices du bâtiment, la perspective, les volumes, afin de créer un vocabulaire de formes très simples, qui naissent du bâtiment en lui-même, créant ainsi un nouveau contenu, une dynamique, au travers de combinaisons, d’intersections et de mouvements de lignes. Mon confrère Romain apporte lui une dimension plus cinématographique à ses travaux de mapping, à travers son travail sur les ombres portées, sur les ambiances».

Au tournant de l’année 2010, le succès public des performances de mapping est tel que cette technique est rapidement utilisée par d’autres artistes, mais aussi récupérée par les marques, la publicité et le domaine de l’événementiel, loin de son inspiration première. Un succès qui a poussé les artistes d’AntiVJ a développer des projets plus personnels et expérimenter au-delà de cette seule technique.

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