AntiVJ, au-delà de l’écran

Les projections novatrices de ces artistes numériques revisitent notre espace urbain

Tour des convoyeurs (2009)

À l’invitation du festival Mutek, les deux artistes visuels Joanie Lemercier et Olivier Ratsi, ainsi que le musicien et sound-designer Thomas Vaquié, ont imaginé une performance audiovisuelle dans laquelle les sons, les images et les formes géométriques de leur projection semblent transformer, faire vibrer, donner vie, désosser ou déconstruire cette ancienne tour désaffectée qui, conçue au milieu des années 1950, servait autrefois, dans le port de Montréal, au déchargement des grains des bateaux vers les silos.

S’extraire de la simple projection sur rectangle blanc

Les différents membres d’AntiVJ se sont d’abord rencontrés au cours de soirées musicales organisées à Bristol (particulièrement les fêtes «Cuisine») ainsi que dans le reste de l’Europe, dans lesquelles ils intervenaient déjà en tant que video-jockeys. En effet, comme leurs confrères DJ, les VJ sont habituellement chargés de mettre en image les soirées et les festivals électro, mixant ou créant, depuis leur ordinateur, des images et des formes visuelles censées illustrer la musique ou dialoguer avec elle.

Très vite, ces jeunes artistes français se sentent à l’étroit dans le cadre souvent très restrictif du VJing. Ils décident d’explorer de nouvelles esthétiques, au-delà des formes et du futurisme désuet qui ont souvent été associées aux pratiques des VJ, tout en expérimentant de nouveaux types de projection, au-delà des écrans qui leur étaient jusqu’ici imposés.

C’est ce qu’explique Joanie Lemercier :

En tant que programmateur visuel des soirées Cuisine, je cherchais alors à me différencier des modèles de tunnels visuels, aux couleurs flashy, que l’on trouvait habituellement dans le VJing. Nous cherchions à faire quelque chose d’immersif, notamment à l’aide de multi-projections. Yannick Jacquet avait trouvé l’idée de projeter sur plusieurs couches de textures semi-transparentes, ce que je n’avais jamais vu auparavant. Cela permettait de créer une sorte de dispositif en trois dimensions. C’est à ce moment-là, vers 2007-2008, que l’on a décidé de travailler ensemble et que l’on a cherché à s’échapper du rectangle blanc.

«Il s’agissait de s’extraire des limites réductrices de l’écran rectangulaire», confirme Nicolas Boritch, directeur et producteur du label. «Romain Tardy (VJ Aalto), Yannick Jacquet (VJ Legoman), Olivier Ratsi (VJ Emovie) et Joanie Lemercier, qui débutait à l’époque ses premières tentatives de mapping, en ont eu marre de projeter leurs images sur de simples écrans, ou de simples surfaces rectangulaires.».

«En sortant de ces formats très définis» poursuit Olivier Ratsi, «nous nous sommes retrouvés indirectement à travailler dans l’espace même, à projeter sur des objets en relief, sur des surfaces transparentes. En suivant le processus, cela nous a amené à travailler sur des volumes, et donc forcément, en allant un peu plus loin, sur de l’architecture, alors qu’aucun de nous ne vient de cette discipline».

À partir de 2007, ces différents artistes se réunissent au sein d’une même structure qu’ils définissent comme un «label visuel» inspiré par les labels de musique électronique, leur permettant par ailleurs de trouver des financements et d’assurer leur promotion.

Grâce au succès des soirées «Cuisine», AntiVJ est rapidement invité à travailler sur la scénographie de festivals de musique. «Dès 2007-2008» précise Joanie, «nous nous sommes aperçus qu’il existait un énorme potentiel ainsi qu’une demande croissante de la part des festivals, des producteurs et des artistes. Mon hobby de VJ s’est donc transformé en vrai travail, et ça ne s’est jamais arrêté depuis. On s’est aussi développés en dehors des seuls festivals, avec de plus en plus d’invitations pour intervenir dans l’espace public, sur des bâtiments de plus en plus imposants, avec des budgets de plus en plus importants. Très vite, certains projets ont fait école. Ainsi le dispositif du Square Cube, créé par 1024 Architecture pour Étienne de Crécy, qui a eu un immense succès auprès du public en 2007.»

Le «Square Cube» imaginé par le duo 1024 Architecture pour les concerts techno d’Étienne de Crécy, est constitué d’une structure de métal recouverte d’un écran semi-transparent, sur lequel sont projetées des formes géométriques, créant de la sorte des illusions d’optique et de profondeur.

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Et pour aller plus loin

Le site du duo français, 1024 Architecture, figure de proue de cette nouvelle génération mariant musique, architecture, numérique, création visuelle et lumineuse.

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