Antoine Schmitt, pionnier de l’art du code

Des œuvres minimales ou interactives qui interpellent

Pixel noir (2010)

Au centre du mur est accrochée une peinture de format carré, noire. Autour de ce tableau une grappe compacte de particules lumineuses blanches s’agite. Un essaim dont les mouvements font penser à ceux d’un banc de poissons ou d’un vol d’oiseaux. Il tourne autour du tableau, s’éloigne, revient sans cesse, se presse compulsivement contre les bords, tentant de pénétrer dans ce pixel noir, sans jamais y parvenir.

Une œuvre générative qui semble vivante

La particularité de Pixel Noir est d’être une œuvre générative. Le mouvement de l’entité de pixels ne se répète jamais, il est sans cesse calculé, toujours différent. Cette installation est sans aucun doute la plus emblématique du travail d’Antoine Schmitt et de sa réflexion sur le mouvement. Tout est dans les déplacements compulsifs et hypnotiques de cet essaim de particules qui tente de pénétrer le carré noir. Elles agissent comme un tout, comme un corps ou une entité animale qui se déplacerait sans fin sur l’espace du mur. Elles forment une entité qui n’a qu’une obsession, transgresser les frontières de l’objet matériel, pour le coloniser.

La chorégraphie générative qui guide les pixels est construite sur un langage de forces psychologiques et physiques. Elle explore indéfiniment toutes les variantes des dynamiques de relation obsessionnelle entre l’entité en mouvement et le carré noir fixe.

L’artiste joue entre la peinture et la lumière des pixels, entre le fixe et le mouvant. Pour le spectateur,  aucune interaction n’est possible. Il contemple le processus à l’œuvre. Et ce faisant, il s’interroge sur le mode d’être et les intentions de ce qui n’est qu’une présence virtuelle, simple visualisation de l’exécution d’un programme, et néanmoins bien réelle à ses yeux.

Le rapport au Carré noir de Malevitch

En faisant référence au fameux Carré noir sur fond blanc du grand artiste russe des débuts du 20e siècle Kasimir Malevitch, l’artiste ancre cette œuvre visuelle générative dans l’histoire de l’art. Il lui donne ainsi un autre sens métaphorique : 

C’est un clin d’œil au rapport compliqué entre l’art programmé et l’art contemporain. L’art programmé est attiré mais n’arrive pas à intégrer l’art contemporain.

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