Antoine Schmitt, pionnier de l’art du code

Des œuvres minimales ou interactives qui interpellent

Psychic (2004)

Le visiteur pénètre dans un espace où il n’y a rien hormis un écran de vidéo projection. Sa présence déclenche un son de machine à écrire et des mots s’inscrivent lettre après lettre à l’écran : «On bouge... quelqu’un est présent...». Ses mouvements sont observés et l’espace semble même les interpréter : «Quelqu’un est là, personne ne bouge... tout le monde surveille». Mais parfois aussi le système se trompe, ne voit plus la personne ou la confond avec un autre...

C’est l’œuvre qui regarde le spectateur

Avec Psychic, Antoine Schmitt cherche à inverser le mécanisme muséal traditionnel. C’est l’œuvre qui regarde le spectateur, lui ne faisant que la déclencher. À l’aide d’une caméra, d’un programme d’analyse de mouvement et d’un générateur de textes, il suggère l’existence d’une créature invisible observant les visiteurs et cherchant à donner sens aux actions qu’elle perçoit. Grâce au vocabulaire choisi pour générer les textes, il parvient à suggérer le caractère un peu paranoïaque de cette créature.

Cette œuvre dénote aussi d’une inversion de sa démarche artistique habituelle :

En général, je fabrique des pièces dans lesquelles je joue de l’opacité entre causes et effets en détournant la posture scientifique, et où je plonge le spectateur dans une attention et une recherche de causalités, avec Psychic, c’est l’inverse. Ici, c’est l’œuvre qui cherche des bribes de causalités dans le monde qui l’entoure.

Mais dans cette boucle entre observateur et observé, ce sont aussi les erreurs qui l’intéressent, le décalage entre ce qui se passe et ce qui est écrit. Le fait que, comme dans le réel, le système ne perçoit pas tout, que sa vision n’est ni parfaite, ni objective. Ce qui renvoie le spectateur à la notion de réel et de subjectivité ainsi qu’aux motivations de ces propres actions.

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