Computer grrrls

Une génération de compositrices apporte un nouveau souffle à la musique électronique

Existe-t-il une spécificité féminine parmi les œuvres musicales électroniques ?

Au-delà de la question du genre, qui peut être à juste titre considérée comme réductrice, existe-t-il pour autant une spécificité commune au travaux de certaines compositrices ? Depuis l’essor du féminisme, cette question a régulièrement été soulevée dans d’autres formes d’art, notamment dans la littérature. De nombreux auteurs, auteures et critiques ont sévèrement mis en doute l’existence d’une telle spécificité. Or dans le domaine de la musique, force est de constater qu’un nombre croissant de pièces sonores et musicales s’inscrivent dans une esthétique de genre et des mouvements d’école plus que dans une identité relative au genre.

Voix parlée et décomposée : « PRIVATEbirds » (2004) d’AGF.

On peut toutefois discerner quelques traits communs parmi certaines œuvres, au-delà de la thématique transgenre telle qu’elle peut être mise en valeur chez Planningtorock.

Depuis l’apparition de la figure tutélaire de Laurie Anderson au début des années 1980, on rencontre par exemple chez certaines d’entre elles une prédominance de l’esthétique du « spoken word », de la voix parlée, volontiers retraitée et manipulée, quelque part entre confession, conte, récit et poème, à l’image des travaux de Cosey Fanni Tutti et Anne Clark dans les années 1980, puis AGF, Miss Kittin ou Ellen Allien au croisement des années 2000, ou enfin dans la pop mutante de La Chatte, sans oublier Holly Herndon et Dasha Rush avec leurs plus récents « Platform » et « Sleepstep » publiés en 2015. La voix parlée leur permet à la fois de sortir du carcan de la pop, du stéréotype de la chanteuse (un rôle qui a longtemps incarné leur seul mode d’expression), mais surtout de pouvoir plus aisément parler à la première personne et d’adopter un point de vue volontairement autobiographique, chose beaucoup plus rare chez les hommes, si l’on excepte bien sûr la pratique du rap et du slam.

C’est sans doute cette dimension autobiographique qui semble pousser certaines d’entre elles à se détourner des écueils de la performance et de l’épate technologique, voire d’un formalisme qui, dans les arts technologiques confine de plus en plus à une certaine forme de conformisme, au profit d’une approche personnelle ou plus simplement vécue.

 

Jean-Yves Leloup

Commentaires