Computer grrrls

Une génération de compositrices apporte un nouveau souffle à la musique électronique

Un esprit d’entraide

Comment les femmes peuvent-elles donc réagir face à ce mur invisible qui semble les mettre à l’écart de la scène artistique ? Par des systèmes de réseau et d’entraide, bien que nombre d’entre elles aient pendant longtemps éprouvé des difficultés à se joindre à ces élans collectifs, ou plus simplement refusé de mettre en avant le genre auquel elles appartiennent, au détriment de leur talent.

La première édition du festival Heroines Of Sound a eu lieu à Berlin du 10 au 12 juillet 2015.

Depuis deux ans, de nombreuses initiatives ont vu le jour. Au-delà du festival itinérant et pionnier, Les Femmes S’en Mêlent qui, depuis 1997 en France, mêle la pop, l’électro, la soul ou le folk, Female Pressure organisait à Berlin en 2013 Female Perspectives on Electronic Music and Digital Arts, rassemblant une trentaine de compositrices, de DJ et de VJ, autour de soirées, de conférences et d’installations. Plus récemment, au cours de l’été 2015, toujours à Berlin, le même collectif organisait cette fois-ci un événement de plus grande ampleur, Heroines Of Sound, dans lequel se croisaient pionnières et jeunes pousses, autour d’une vaste programmation mêlant projections, débats, expositions et concerts.

Extraits de la compilation « female:pressure », publiée par le label Different is Different.

Female Pressure, réseau d’entraide fondé dès 1998, à la fois autogéré, anarchique et dynamique, rassemble désormais un tel nombre de participantes (plus de 1500), qu’il a donné naissance en 2015 à deux nouvelles compilations (après une première consacrée à soutenir les Pussy Riot), dans lesquelles se distinguent des pionnières comme Gayle San et Electric Indigo (sa fondatrice), mais plus encore de nouvelles révélations comme Lady Maru, Neybuu, Ipek, Lina Sur, Misster Mystery ou les Françaises Kritzkom et Nina Kardec, dont les voix du titre « Genre » jouent avec malice et ironie sur les termes de sexisme et de parité.

Extraits de la compilation « female:pressure Revellers Comp 1 », publiée par le label allemand Revellers.

Female Pressure n’est toutefois pas la seule organisation à faire preuve d’activisme. Le tout jeune blog Feminatronic tente par exemple depuis 2013, sur ses pages Facebook ou Soundcloud, sous la forme de multiples posts et podcasts, de révéler ce continent immergé, à l’image des blogs Feminist Music Geek, Her Beats, Femgeeks, Electronic Ladiez, Disc Woman, Junglistic Sistaz, des webmagazines militants tels Femmecult ou Bitch Media, sans citer des dizaines d’autres, émissions de radio, réseaux, collectifs, parfois informels, ou plus structurés comme Women’s Audio Mission ou Women’s Beat League qui ont initié des actions de formation et de pédagogie à destination des plus jeunes, ou des plus déshéritées.


Basée à San Francisco, cette association a pour but de contribuer à la formation des femmes dans le domaine de la production musicale.

En 2014, le collectif berlinois Urban Arts rassemblait quant à lui sur « Synthesis Volume 1 », une quarantaine de pièces de compositrices venues d’Europe, d’Asie ou d’Amérique du Sud, issues du domaine des arts sonores, parmi lesquelles se distinguaient Amma Ateria, venue de Hong Kong, Luong Hue Trinh, de Hanoï, mais plus encore de nombreuses artistes françaises comme Méryll Ampe, Gaël Segalen, Amandine Casadamont et Les Sœurs Sonores.

Extrait de «Medusa» de Ocean Viva Silver (Valérie Vivancos), issu de l’album « Echolalia » (2014).

Il existe en effet en France une véritable nouvelle vague de compositrices, œuvrant à la croisée de la musique électronique, de l’art sonore, de la création radiophonique et de la musique électroacoustique, débarrassées des nécessités de l’électro comme des enseignements parfois rigides de la musique contemporaine. Les performances, les albums, les pièces radiophoniques et les lives de Méryll Ampe, Valérie Vivancos, Gaël Segalen, Dinah Bird et Amandine Casadamont, auxquelles on pourrait rajouter les travaux d’Emmanuelle Gibello, Julie Rousse, Julia Drouhin et Bérengère Maximin, témoignent de la richesse de la scène actuelle, de son extrême diversité en termes d’influences, de qualité et d’esthétique. Hélas, force est de constater que cette scène manque encore de reconnaissance de la part du public, mais plus encore de la part de certains professionnels, de la presse et de certaines institutions.

C’est la raison pour laquelle certaines d’entre elles (Valérie Vivancos, Dinah Bird, Marie Lisel, Gaël Segalen et Christine Webster), basées à Paris, ont par exemple récemment décidé de s’associer afin de créer de nouvelles dynamiques de groupe, partager leur pratique, leur savoir et leurs outils, envisager des concerts ou des actions communes, dans la droite lignée des nombreux projets initiés par leurs consœurs en Allemagne ou dans les pays anglo-saxons.

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