David Guez, à la recherche des temps perdus
Ce pionnier de l’art numérique interroge l’obsolescence des médias et la fragilité de la mémoire numérique.

David Guez, à la recherche des temps perdus

Les œuvres de l’artiste français questionnent notre perception du temps

Au croisement de l’univers de l’art contemporain, du net-art et du multimédia, les œuvres de l’artiste français évoquent, à l’ère des réseaux sociaux et de leur dictature du présent, la question du temps et de la mémoire.

David Guez est un pionnier. À l’image des aventuriers, ou des colons, qui se sont, au cours des siècles derniers, établis sur des terres vierges ou désertes, cet artiste fait partie de ceux qui ont, à travers leurs créations, défriché l’espace du Net dès les années 1990.

Doté d’une formation scientifique et informatique, David Guez bascule dans le domaine de l’art en 1989, à l’heure où l’on peine encore à imaginer à quoi pourront ressembler les « autoroutes de l’information », dont l’avènement est annoncé dans un futur proche.

S’il s’intéresse tout d’abord à la peinture et à la sculpture, notamment au cours de ses études aux Pays-Bas, il se décide à investir l’espace du réseau dès 1995, à l’heure d’une première démocratisation de l’Internet. Inspiré par les thèses de l’esthétique relationnelle, définies par le critique Nicolas Bourriaud, et par les nombreuses installations participatives qui investissent les musées et les galeries, il tente alors de faire le lien entre un net-art balbutiant, sa pratique du code informatique et le monde des arts plastiques, à l’image de la démarche de Samuel Bianchini par exemple, dont la carrière débutera quelques années plus tard.

Une présentation de l’artiste et de son œuvre, Disque Dur Papier, par le Centre Pompidou Virtuel.

À partir de 1995, j’ai tenté de faire le lien entre les arts plastiques, avec leur pratique du matériau et de l’image, et le réseau. Le réseau représentait alors pour moi un territoire de liberté, vierge. Je me suis donc approprié le web comme un nouvel espace de diffusion, dans lequel il n’existait pas d’intermédiaires. Il me semblait alors très important d’imaginer un espace alternatif au modèle classique de diffusion artistique.

Au cours de cette première période d’intense activité artistique, David Guez met ainsi en place de nombreux canaux de diffusion, à l’image de www.tv-art.net, première web tv consacré à l’art contemporain. «J’ai d’abord monté une petite équipe qui invitait des artistes à parler de leur travail, qui allait faire de petits reportages vidéos, etc. Par la suite, en 1999, avec Teleweb, j’ai étendu le projet à une sorte de Youtube alternatif, avant même que le site de partage vidéo n’ait été mis en place». L’idée primordiale de l’époque est ainsi de créer, grâce aux potentialités du web, un lien direct entre l’artiste et le public, passant outre les circuits de médiation intermédiaires, qu’il s’agisse des médias, des institutions ou du marché.

Réseau, temps et mémoire

Il met toutefois un terme à cette période d’activisme, au début des années 2000. «Jusqu’en 2004, j’ai délaissé l’art pour l’écriture. J’ai fait une sorte de burn-out, finalement assez intéressant. Cette crise s’explique en partie par le fait que je devais faire une exposition au World Trade Center en octobre 2001. Les événements du 11 septembre ont provoqué chez moi une sorte de pétage de plomb où je me suis projeté dans le lieu, quelques semaines avant son effondrement». La notion d’un futur possible, « de la chose qui aurait pu se faire mais qui ne s’est pas faite » commence alors à occuper son esprit et donne naissance à une nouvelle période d’intense activité artistique, hantée par les questions de temps et de mémoire.

Stèle binaire Amstrong-Guez
Une stèle binaire de David Guez, sur laquelle est inscrite un code binaire permettant de reconstituer la voix et la célèbre phrase du cosmonaute Neil Armstrong, lorsque celui-ci posa le pied sur la Lune.

Dans ses œuvres, David Guez questionne désormais à la fois la notion de temps réel imposé par les réseaux sociaux, mais aussi celle d’un temps plus long, celui de notre mémoire culturelle et historique, qu’il estime désormais fragilisée à l’heure de sa numérisation.

Ses œuvres, qui prennent l’aspect d’applications et de services en ligne, d’objets connectés, de sculptures ou d’impressions sur des supports variés, semblent même jouer sur une double dynamique. Certaines d’entre elles permettent d’enregistrer et de projeter dans l’avenir, une information, une image, un message ou un (futur) souvenir. D’autres sont dédiées à sauvegarder, pour l’avenir, notre mémoire et notre Histoire. Comme si sa personnalité comme son œuvre, semblaient obsédées par l’idée de la perte, de la disparition ou de l’oubli…

Il y a sans doute quelque chose de névrotique dans ma manière d’évoquer cette question du temps (rires). Je possède une mémoire assez étrange, principalement affective. Je suis victime d’une certaine nostalgie, mais pas la nostalgie du passé, je ne suis pas quelqu’un qui aime l’histoire. Disons plutôt que j’essaie d’être le garant d’une mémoire.

Découvrez le travail de David Guez à travers nos quatre chapitres présentant ses réalisations et projets artistiques.

Écoutez notre interview de David Guez (avril 2014)

David Guez, artiste français pionnier de l'art numérique, revient ici en détail sur son parcours, sur certaines de ses œuvres marquantes et parle de ses projets futurs.

Durée : 33mn Télécharger
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