David Guez, à la recherche des temps perdus

Les œuvres de l’artiste français questionnent notre perception du temps

Gravé dans le marbre… ou le papier

Depuis le début des années 2010, David Guez a engagé une réflexion sur la fragilité du support numérique et magnétique, et les manières de sauvegarder notre mémoire et notre histoire, sous la forme de simples impressions sur papier, ainsi que sur d’autres supports, comme la pierre, le marbre, les végétaux, les arbres, etc.

L’œuvre Disque Dur Papier (2013) propose le stockage de données numériques imprimées sur un support “papier” (livre ou affiche), sous la forme d’un simple code informatique binaire, constitué d’une suite de 0 et de 1. Les deux premières œuvres à avoir été «sauvées» et mémorisées sous cette forme papier, sont deux des films majeurs de l’histoire de la science-fiction : «Le voyage dans la Lune» (1902) de George Méliès et «La jetée» (1962) de Chris Marker.

En 2013, il publie en effet un manifeste au sein des Laboratoires d’Aubervilliers dans lequel il s’alarme de la «perte» de mémoire collective et individuelle résultant des usages intensifs des nouvelles technologies.

Je pars du constat que depuis l’avènement de l'informatique et de l'Internet, notre patrimoine culturel et artistique est massivement numérisé, s'exposant ainsi à un véritable danger de disparition, dû à la fragilité et à l'obsolescence des supports de sauvegarde informatique. (…) L'humanité n'a jamais produit un support aussi fragile que le web.

«Tous nos mails, tous nos messages Twitter» ajoute-t-il, «sont aujourd’hui enregistrés sur des disques durs, dont la durée de vie dépasse rarement dix ans, soit une durée dix fois moins importante que le support papier (voire mille fois moins si l’on évoque des livres qui datent de l’an 1000), et une durée cinq mille fois moindre que la pierre. J'ai ainsi produit divers dispositifs permettant de faire «des passages» entre le monde binaire - le langage informatique composé de 0 et de 1 - et le monde réel dans l'objectif de «fixer» ces représentations binaires de façon visuelle et physique afin d'en faire des sauvegardes durables».

Selon David Guez, nous sommes aujourd’hui engagés, à travers le web, les réseaux sociaux, le cloud (stockage de données en ligne) ou la notion de big data, dans une opération de sauvegarde massive de nos données, sans véritable choix ni sélection. Avec ses projets d’inscription du code binaire sur différents matériaux (stèle de marbre, bois, arbre, végétaux, graffiti voire tricot ou tapis…), il choisit de mémoriser des éléments prégnants de notre culture, qu’il s’agisse donc de films comme La jetée ou Le voyage dans la Lune, mais aussi de la phrase historique de Neil Armstrong lorsqu’il posa le pied sur la lune ou même du cri de l’ours brun des Pyrénées, dont l’existence est sans cesse menacée. Une démarque qu’il désigne parfois sous le terme poétique d’ «archéologie du futur».


Dans le cadre d’une exposition, l’œuvre Disque Dur Papier est présentée sous la forme d’un livre ouvert. Le spectateur, muni d’une loupe, peut plonger son regard dans les lignes de code binaire, imprimés en minuscule taille 2.

L’œuvre en ligne et site Broyeuse Binaire permet à tout un chacun d’encoder en fichier PDF, sous la forme d’un code binaire (une suite de 0 et de 1), des documents visuels ou sonores de son choix. Libre à chacun, par la suite, d’imprimer ce document sur papier, afin de sauvegarder de façon pérenne le document en question.

L’image présentée ici constitue le haut de la première page d’un document de plus de soixante-dix pages, résultant de l’encodage des premières secondes de «Nummern» (1981), un titre historique extrait de l’album Computer World du groupe de musique électronique, Kraftwerk.

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Et pour aller plus loin

Le site de la «La broyeuse binaire» qui transforme un fichier en un pdf contenant son code binaire prêt a être imprimé.

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