David Guez, à la recherche des temps perdus

Les œuvres de l’artiste français questionnent notre perception du temps

Un retour à l’oralité

Doté d’une double formation, à la fois artistique et informatique, David Guez s’inspire pour ses travaux de nombreux ouvrages scientifiques, mais aussi parfois de l’univers de la science-fiction, littéraire ou cinématographique. Il se dit par exemple marqué par Greg Egan, un auteur australien né en 1961, que l’on classe dans le domaine de la hard science-fiction, à savoir une littérature fondée sur la réalité des connaissances scientifiques, comme par exemple chez cet auteur australien, la réalité virtuelle ou l’intelligence artificielle.

Le «pitch» des œuvres de David Guez ressemble à ce titre souvent au résumé d’un ouvrage de Philippe K. Dick ou d’un épisode de la série télévisée, La quatrième dimension. Que l’on évoque par exemple sa Radio 2067 (dont les mouvements du tuner permettent de voyager à travers la musique du siècle dernier) ou son Horloge 2067 (qui permet de remonter le temps à travers des enregistrements sonores réalisés de manière continue sur le lieu d’exposition), ses œuvres procurent parfois le même type de vertige philosophique ou cognitif que certaines œuvres de l’histoire de la science-fiction.


Horloge 2067 (2012), de David Guez

Dans Fahrenheit 451 publié en 1953, Ray Bradbury imaginait ainsi une société totalitaire dans laquelle la lecture ou la possession des livres étaient bannies. Pour se révolter face à cet ordre tyrannique, l’auteur relatait comment certains résistants avaient réussi à apprendre par cœur certains ouvrages historiques. Ce célèbre roman, dont les préoccupations croisent celles de David Guez, a servi de point de départ au projet et à l’œuvre en réseau Humanpédia, qui demande à chacun de ses participants d’apprendre par cœur, ou de prendre en charge la mémoire d’une page de l’encyclopédie Wikipédia.

Un extrait du film de François Truffaut, Fahrenheit 451 adapté du roman éponyme de Ray Bradbury.

Les fondateurs de Wikipédia ont récemment constaté que si l’encyclopédie continuait à emmagasiner autant de données, ses serveurs seraient rapidement saturés. Face au risque de disparition de cette masse de connaissance (la version texte de Wikipédia ne représente finalement que huit gigas de données), je me suis dit qu’il pourrait être utile de récréer, à l’image du roman de Ray Bradbury, une chaîne d’humains capables de mémoriser les pages de l’encyclopédie. Humanpédia se veut ainsi un retour à l’oralité.


Humanpédia, un projet en cours de David Guez, présenté sour la forme d’un site web.

Pour participer au projet Humanpédia, il suffit de s’inscrire sur le site du projet. Humanpédia vous confie alors une page à mémoriser. En retour, vous devez nommer et fournir les contacts de trois amis qui pourront continuer cette chaîne de mémorisation. Selon l’artiste, il faudrait ainsi, de façon théorique et disons-le, utopique, trente millions de participants au projet afin de reconstituer l’ensemble des connaissances rassemblées par l’encyclopédie en ligne.

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