Erreur d’impression : une expo virtuelle
Le Musée du Jeu de Paume accueille une exposition d’œuvres virtuelles qui questionnent le devenir du livre analogique et numérique.

Erreur d’impression, une expo virtuelle

Mise en lumière des mutations présentes et à venir des médias imprimés

Ne cherchez pas à voir «Erreur d’Impression. Publier à l’ère du numérique» au Musée du Jeu de Paume : cette expo autour des médias imprimés n’est visible que sur Internet. Autre particularité : il s’agit d’une exposition ouverte, en évolution permanente. Commencée le 23 octobre 2012 et devant se terminer le 11 mars 2014, elle profitera à intervalles réguliers de l’ajout de nouvelles œuvres à la sélection de départ. Toutes questionnent à leur manière le devenir du livre et autres médias papier et les enjeux contemporains de la production, de la reproduction et de la diffusion à l’heure du métissage entre l’analogique et le numérique.

«Erreur d’impression», étonnant rendez-vous virtuel proposé par Alessandro Ludovico et Marta Ponsa, se veut selon le texte introductif du site du Jeu de Paume une vision critique, conceptuelle et expérimentale de l’un des phénomènes contemporains les plus importants : la métamorphose radicale des médias imprimés et ses conséquences sur la transmission de l’information et la préservation des contenus».

Une façon ludique d’explorer le devenir du livre

Le sujet est vaste et interroge aussi bien le devenir numérique du livre et des publications papier, les nouvelles possibilités esthétiques, formelles et conceptuelles offertes par l’hybridation entre l’analogique et le numérique, que la question cruciale de leur reproduction et de leur diffusion. Laquelle est indissociable de celle de l’accès aux savoirs, de la nécessaire évolution du droit d’auteur et de l’irruption de nouveaux modes de création, de distribution et de lectures. Elle remet en quelque sorte le livre à sa place, dans sa propre histoire.

Car le livre, tout comme le disque vinyle, n’est ni mort, ni chose obsolète. Il traverse une phase de mutation profonde liée, non pas tant au numérique, qu’au fait que les écrans supplantent progressivement l’imprimé.

De leur côté, revues et presse papier, bien qu’en difficulté face aux appétits des Google, Amazon Apple & Co et confrontées à une certaine désaffection des lecteurs, sont encore bien vivants, quoi qu’en disent les oiseaux de mauvais augure. Artistes et petits éditeurs cherchent et inventent, avec succès pour certains, des objets hybrides, comme les livres d’artistes, ou encore les «mooks» (contraction de magazine et book), conjuguant papier et écran, format livre et contenus de presse.

Il n’y a là qu’évolution naturelle des choses, estime Alessandro Ludovico, le commissaire de l’exposition : «Lorsqu’une nouvelle technologie  vient changer les règles préétablies d’un système, celui-ci est toujours un peu lent à la réaction. Aujourd’hui certains éditeurs et artistes envisagent l’impression papier comme un médium singulier, stable et durable; ils s’intéressent à ses  mouvements et aux nouvelles possibilités qu’elle peut déclencher.» Et de préciser :

Il semble indéniable que l’imprimé et le numérique fonctionnent de pair,  et c’est en partant de ce constat que nous avons pensé cette exposition.

«Erreur d’Impression» tente donc de donner un aperçu des évolutions du livre en cours et observe comment théoriciens, artistes et techniciens abordent cette mutation essentielle et ses conséquences immédiates. Douze œuvres sont actuellement présentées sur le site. Douze visions d’artistes, ludiques, critiques, ironiques, parfois même irrévérencieuses.

Huit premières œuvres à déguster en ligne....

Smell of Books™
Smell of Books™, une proposition signée DurotSport Electronic, une «entreprise artistique» qui entend augmenter la réalité perceptive du livre numérique...

La première fournée, mise en ligne en octobre 2012, incluait deux œuvres hybrides autour de l’acte de lire et de ses supports : Ten Words + One Text de Gregory Chatonsky est une installation sonore, adaptée pour le Web, de lecture discontinue de textes, tandis que KindleGlitcher de Benjamin Gaulon, alias Recyclism, détourne une liseuse pour la transformer en «glitch art» ou art visuel généré par des erreurs informatiques…

Citons également deux clins d’œil au monde de la presse : Newstweek de Julian Oliver et Danja Vasiliev, une lecture critique de l’information passant par une interface permettant de bricoler des pages de news contrefaites mais parfaitement plausibles ; The Quick Brown de Jonathan Puckey, qui a conçu un outil pour observer comment les gros titres des news évoluent en fonction des retouches.

Dans un autre genre, Smell of Books de DuroSport Electronics donne en quelque sorte du corps aux livres numériques. Le Do it yourself book scanner de Daniel Reetz, chercheur, sculpteur et scientifique et La carte ou le territoire de Stéphanie Vilayphiou, qui s’est amusée à passer le livre de Houellebecq au Google-détecteur de copillage, interrogent tous deux la nature même de ce qu’est aujourd’hui un livre.

La carte et le territoire

Et quatre nouveaux invités depuis le 9 avril 2013…

La seconde mise en ligne a eu lieu le 9 avril au soir, en même temps qu’une conférence publique où Alessandro Ludovico, deux des artistes et un invité – Florian Cramer, poète du code et expert en software art – étaient présents pour débattre et répondre aux questions du public.

L’exposition virtuelle compte désormais quatre œuvres de plus, tout aussi singulières que les précédentes, et que nous vous proposons de découvrir en diaporama…

Toutes les images de l’article sont © des artistes sauf mentionnées.

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