Erreur d’impression, une expo virtuelle

Mise en lumière des mutations présentes et à venir des médias imprimés

American Psycho de Mimi Cabell & Jason Huff (2012)

American Psycho est un livre numérique pas comme les autres. Il résulte d’un processus de transformation textuelle : Mimi Cabell et Jason Huff se sont envoyé page par page, via leur compte Gmail, l’intégralité du best-seller éponyme de Bret Easton Ellis. Sur chaque page transmise, Google a généré, par identification de mots clés arbitrairement extraits du texte, des annonces et publicités contextuelles qu’il a affichées dans chaque mail. Ces publicités incongrues ont littéralement absorbé et pris la place du roman original. Car les deux artistes ont choisi de supprimer le texte de Easton Ellis pour ne laisser que les annonces intégrées en notes de bas de page. Au final, le double numérique d’American Psycho n’est constitué que de pages blanches, affichant les numéros des notes, placés à l’endroit où se trouvaient les mots clés dans le texte d’origine, et les Google-annonces correspondantes.


Photo : libraryoftheprintedweb

La question de l’auteur

Depuis les débuts de l’informatique, nombre d’artistes et d’écrivains se sont essayé à manipuler et transformer des livres via divers procédés numériques. À la manière des jeux mathématico-littéraires analogiques de l’Oulipo, puis numériques de l’Alamo, version «assistée par ordinateur» de l’Oulipo initiée par Paul Brafford, qui jouaient de contraintes formelles pour créer ou manipuler des textes existants.

Dans le cas d’American Psycho, comme l’expliquent ses deux auteurs :

Avec des modifications issues de la programmabilité infinie de logiciels, on peut engendrer, à partir du traitement d’un document originel, la création sans fin de nouveaux textes, qui font toujours sens d’une manière ou d’une autre.

Avec ce travail, dit encore Alessandro Ludovico, «le texte d’origine devient un médium transformé à travers lequel les auteurs gèlent une image du climat numérique et économique, un peu comme une photographie métaphorique

L’œuvre présentée est un exemplaire unique, non reproductible car créé par ce que les algorithmes de Google ont généré à un moment précis. Il est le témoignage d’un moment, «une œuvre hybride, classique dans sa forme et générée de manière unique dans son contenu».

La satire vis à vis de la société et du livre numérique est même poussée un peu plus loin. Ce livre est signé par ses concepteurs même – Mimi Cabell et Jason Huff – mais, de fait, il est aussi l’œuvre conjointe de Google ou plus exactement d’algorithmes de management publicitaire comme Adwords. En n’empruntant que le titre et la couverture du roman de Easton Ellis, les deux artistes se moquent aussi au passage des plagiaires littéraires, qui eux, justement, conservent tout ou partie du texte plagié, et se font prendre la souris dans Google...

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