Grégory Chatonsky, entre privé et public

L’artiste dévoile la façon dont la technologie fond l'intime dans le social

Standard (2005)

Des «cabines modifiées clignotent d’une forte lumière rouge quand on les appelle. (…) Le passant ouvre la porte, décroche le combiné et entend la voix de quelqu’un qui dit son nom, raconte sa vie, une anecdote, se décrit, etc. Une autre voix demande ensuite “Qui es-tu ?”, il peut alors lui-même laisser un message.» Grégory Chatonsky, Capture, Hyx (décembre 2010), page 76.

La cabine téléphonique, ce lieu privé

L'artiste ne donne pas de réponses. Il interroge nos habitudes et la façon dont elles changent, parfois sans même que nous le réalisions. Il crée des situations incongrues, soulignant par le décalage toute la différence entre la réalité que nous vivons et celle que nous croyons vivre.

Ainsi Standard, pièce montée une première fois à l'automne 2005 dans le cadre de la Nuit Blanche parisienne. Dans la rue retentit la sonnerie du téléphone d'une cabine vide. Un passant s'approche. Le lieu s'éclaire d'une lumière vive vibrant au rythme de la sonnerie. Il décroche. Un inconnu dit son nom à l'autre bout de la ligne. Il se raconte puis demande au passant de faire de même afin que d'autres passants aient son message, etc. Par ce mécanisme, la cabine, privée car insonorisée, devient publique. Comme le dit Chatonsky : «Dans notre imaginaire, notamment grâce au cinéma hollywoodien, ce lieu obsolète qu'est la cabine téléphonique est devenu le lieu même de l'anonymat».

Et il précise :

« C'est un paradoxe, car la cabine est transparente, livrée aux regards de tous. Elle permet une communication privée dans un espace public, où le corps est visible... et inverse ainsi notre rapport entre le privé et le public.»

 

Et pour aller plus loin

Le reportage sur la Nuit blanche de 2005 sur le site de Grégory Chatonsky sur le site de grégory Chatonsky.

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