Julien Prévieux, futurs obsolètes

Des œuvres qui s’amusent des figures du savoir et de l’innovation technologique

LE THEATRE CLANDESTIN (2011)

Cette sculpture en deux parties s’inspire des outils de détection d’avions ennemis utilisés par l’armée anglaise dans les années 1920. De gigantesques “miroirs sonores” en béton, ancêtres du radar, installés sur la côté sud de l’Angleterre, permettaient à un opérateur d’estimer la distance d’avions approchants. Pour la biennale d’Anglet, au Pays Basque, Julien Prévieux a réalisé deux répliques de ces instruments obsolètes : s’ils ne jouent plus leur rôle d’outils de surveillance, ils permettent néanmoins de communiquer d’un point à l’autre de l’exposition, sans hausser la voix.

La technologie en forme de situation poétique

«Ici, l’œuvre permet de créer une situation de communication rudimentaire qui, en quelque sorte, rabat la technologie sur des choses très simples. La forme de la technologie devient ici une situation poétique. Ces deux grands murs courbes, cette architecture sommaire, ouverte aux quatre vents, qui vue d’en haut formeraient une ellipse en pointillé, permet à partir des deux foyers de l’ellipse, de se parler et de s’entendre parfaitement à une quinzaine de mètres de distance, ce qui n’est d’ordinaire pas possible bien sûr, en extérieur. J’aimais beaucoup le fait que cette technologie qui, par le passé avait permis de parler à distance aux lépreux et qui ensuite avaient été utilisée sous une autre forme pour écouter le ciel, permette aujourd’hui de créer une intimité très forte entre deux points. Il s’opérait là un renversement de fonction qui me plaisait beaucoup et qui m’évoquait une scène du célèbre roman de Philip K. Dick, Ubik, dans laquelle l’auteur décrivait une scène de décélération, si on peut dire. Un des personnages, monté à bord d’un avion à réaction y assiste en effet à la désévolution de l’appareil, sa régression vers la forme d’un biplan.»

Au-delà d’un intérêt quasi archéologique pour des formes oubliées, Julien Prévieux suggère, ou imagine souvent à l’aide de ses œuvres une forme d’uchronie, une histoire alternative des technologies. Une technologie défensive comme celle des miroirs sonores devient ici un outil de communication rudimentaire, un téléphone primitif et encombrant qui, disposé dans l’espace public, offre à ses utilisateurs un espace ludique d’intimité.

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