Julien Prévieux, futurs obsolètes

Des œuvres qui s’amusent des figures du savoir et de l’innovation technologique

WHAT SHALL WE DO NEXT ? (2007-2014)

What Shall We Do Next ? est une œuvre déclinée sous la forme de deux vidéos. La première a été réalisée à l’aide de techniques d’animation, et la seconde est la captation d’une performance chorégraphique. Ces deux films se présentent comme des «archives des gestes à venir», ces gestes étant liés à des brevets pour l’invention de nouvelles interfaces homme-machine, déposées entre 2006 et 2011 auprès de l’agence américaine USPTO. Le fonctionnement de ces machines (tablettes, téléphones portables, ordinateurs, outils médicaux et consoles de jeux) nécessite des actions qui sont spécifiées et «copyrightées» alors même que l’objet n’existe pas encore. Constatant que la technologie joue le rôle d’un prescripteur de comportements, qui relèvent de plus en plus de la propriété privée, l’artiste s’approprie ces gestes et les soustrait à leur fonction utilitaire. Il imagine un enchaînement de figures qui les transforment alors en abstraction chorégraphique.

Une archive des gestes à venir

Mené sur une durée de sept ans et sous la forme de deux vidéos et d’une performance chorégraphique, What Shall We Do Next ? a valu à Julien Prévieux le prestigieux prix Marcel Duchamp 2014, destiné à distinguer «les artistes de la scène française les plus novateurs de leur génération».

Cette œuvre des plus récentes s’inscrit dans l’une des grandes thématiques développées par l’artiste, à savoir l’étude des gestes et du mouvement, et plus précisément la manière dont notre corps est configuré par notre environnement, qu’il soit social ou technologique.

«La première hypothèse sur laquelle j’ai travaillé, lorsque j’ai débuté cette recherche sur cette série de gestes brevetés, c’est qu’il s’agissait certainement de gestes que nous serions amenés à réaliser, dans un proche avenir. Une forme d’archive des gestes à venir, donc. Et puis j’avais aussi envie de reconfigurer ces gestes, d’essayer de montrer comment on pouvait travailler avec, dans une option chorégraphique évoquant la démarche de certains chorégraphes des années 1960 qui pouvaient mettre en place des formes de danse proches du ready-made, du geste trouvé, du geste quotidien, comme ont pu le faire Yvonne Rainer, Simone Forti ou d’autres. Tout en ayant aussi en tête que cette possible gestuelle du futur, pourrait simplement ne jamais arriver. Il se serait alors agi de brevets d’un futur obsolète.»

L’artiste aime en effet convoquer dans ses œuvres des innovations périmées, une modernité désuète en quelque sorte qui, une fois oubliée, n’est plus que la trace d’un avenir imaginé autrefois.

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