Culture Mobile a filmé l’exposition Micro Macro à la Maison des Arts de Créteil en avril 2014.
Une quinzaine d’artistes internationaux explorent en toute liberté les thèmes de l’infiniment grand et de l’infiniment petit.

Micro Macro : plus ou moins l’infini

Des installations audiovisuelles en forme de saisissants jeux d’optique et d’échelle.

Présentée à Mons, Lille et Paris au cours du printemps et de l’été 2014, l’exposition Micro Macro rassemble une quinzaine d’artistes internationaux qui explorent les thèmes de l’infiniment grand et de l’infiniment petit, à travers les figures de la modélisation, de la maquette, de la miniaturisation, du cadre, du zoom, de la loupe ou de la simple lucarne.

Micro Macro fait partie des expositions buissonnières. Dédiée à tous les publics, aux plus jeunes comme aux amateurs plus avertis d’art numérique ou contemporain, l’exposition se présente comme une libre déambulation à travers des installations et des dispositifs audiovisuels qui évoquent de manière peu didactique, la modélisation de notre environnement, de nos comportements et de notre planète. Sans se soumettre aux injonctions d’une thématique restrictive, ces œuvres jouent volontiers avec notre regard, s’amusent à l’aide de jeux d’optique et d’échelle, tentant de réinventer les cadres à travers lesquels nous percevons le monde qui nous entoure.

La Grosse Tête de la série des dispositifs Opticons de Philippe Decouflé. © DCA
La Grosse Tête de la série des dispositifs Opticons de Philippe Decouflé. © DCA

Changement de perspectives

Charles Carcopino, commissaire de l’exposition Micro Macro a développé cette thématique avec le metteur en scène Philippe Decouflé, invité d’honneur de cette édition. Selon lui, c’est en effet «une thématique qui correspond assez bien à ce que le chorégraphe a pu développer dans ses spectacles depuis le début des années 1980 (comme Triton, Decodex ou Shazam !, NDR), à l’aide de procédés simples et même low tech, comme des jeux de reflets et de répétitions d’images, des miroirs, des lentilles ou des kaléidoscopes». «C’est à partir de cette réflexion», poursuit-il, «que nous avons invité d’autres artistes, venus de nombreux horizons, dont le trait commun est qu’ils parviennent à évoquer dans leurs œuvres des préoccupations contemporaines». Il ajoute :

Je crois notamment qu’au fur et à mesure de la numérisation de notre environnement, nos rapports à l’infiniment petit et à l’infiniment grand ont profondément changé, nous n’avons plus les mêmes rapports avec ces deux infinis. Sur sa tablette comme sur son ordinateur, on peut désormais zoomer sur n’importe quel point de la planète. Et se promener avec beaucoup de liberté dans des univers réels ou virtuels. Nous devons aussi faire face à de nouveaux espaces, des flux de donnés infinis, sans doute plus abstraits, autogénérés par Internet, que l’on peine encore à imaginer et à appréhender.


Al-Amin, Al-Thaniyah District (Collateral Murder) Coordonnées : 33°18'48.524" N, 4°30'43.17" E. © Alain Josseau.
Cette œuvre d’Alain Josseau, évoque à l’aide d’une maquette, d’une caméra et de tirages photographiques, une vidéo militaire ayant «fuité» sur Wikileaks, témoignant de l’assassinat par erreur de civils irakiens.

Cette thématique du micro et du macro, peut parfois paraître nébuleuse lorsque l’on visite les œuvres particulièrement variées de l’exposition. Elle s’exprime d’abord à travers les dispositifs visuels et ludiques de Philippe Decouflé, appelés Opticons, qui permettent de multiplier, ou déformer, l’image du corps, tout comme les reflets des visiteurs. On la retrouve plus sérieusement à travers les Stranger Visions de l’artiste Heather Dewey-Hagborg, qui évoque les traces laissés par notre ADN dans l’espace public, ou chez Alain Josseau, dont le dispositif fait directement référence à certaines images de guerre, sorties du secret par Wikileaks. Elle prend encore une autre forme à travers les dioramas de Hiroto Ikeuchi, sortes de sculptures réalisés à partir de carcasses de PC et d’éléments de modèles réduits. Ou enfin au sein du dispositif, 11100Z00111 d’Anne Roquigny, qui présente un large panorama d’œuvres en ligne, à l’image des captations de Jon Rafman, réalisées à partir de Google Street View, ou de l’œuvre No Cinema de Jérôme Joy, conçue à partir de Webcams et de microphones disséminées à travers le monde.

© Ikeuchi Iroto
L’artiste japonais Hiroto Ikeuchi évoque avec humour dans Desk Turned Into Diorama, les problématiques de la protection des données personnelles. © Ikeuchi Iroto

Une technologie de plus en plus transparente

Au-delà de cette thématique contemporaine, cette exposition, plutôt réussie, curieuse et inventive, atteste d’une mutation irréversible d’un art que l’on désignait sous le terme de numérique, il y a encore peu de temps. À l’image de l’exposition Trouble Makers, récemment évoquée dans Culture Mobile, Micro Macro ne se veut pas une simple exposition d’art numérique et technologique, mais plutôt une exposition d’œuvres d’artistes qui ont choisi, selon Charles Carcopino, «de questionner un monde technologisé et de s’inspirer de phénomènes contemporains».

Les dispositifs techniques, parfois interactifs, présents au sein des différentes œuvres de l’exposition, sont ainsi de plus en plus transparents, ou invisibles, à l’image de ces applications nomades et connectés que nous utilisons chaque jour, à l’aide de nos ordinateurs, tablettes ou smartphones, destinés à rendre notre environnement plus fiable et accessible.

Makromikro de l’artiste turc, Candas Sisman, est réalisé à partir de lentilles suspendues, qui permettent de révéler la trame numérique invisible d'une toile blanche. © Candas Sisman
Makromikro de l’artiste turc, Candas Sisman, est réalisé à partir de lentilles suspendues, qui permettent de révéler la trame numérique invisible d'une toile blanche. © Candas Sisman

Mais, de façon plus profonde encore, les œuvres présentées au sein de Micro Macro réinventent, à l’aide du numérique, de plus simples et de plus anciens procédés techniques.

Car, au-delà de la technologie, ce qui frappe avant tout dans cette exposition, c’est la manière dont ces artistes, résolument contemporains, parviennent à créer de petites scénographies singulières, qui semblent se référer à la longue histoire des représentations. Sous la forme de cabinets de curiosités, de cartes, de modèles et de maquettes, de simples boîtes, d’écrans et de projections réinventés, de variations autour de la figure du cadre ou de la lucarne, sans oublier les procédés de la loupe, du zoom ou du microscope, des artistes comme Heather Dewey-Hagborg, Tom Kok & Britt Hatzius, Bernd Oppl, Candas Sisman et Olivier Ratsi parviennent à renouveler le regard que nous portons sur le monde et les phénomènes qui nous entourent.

Découvrez cinq œuvres emblématiques de cette exposition, que nous avons sélectionné pour notre diaporama commenté...

 

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