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Image tirée de l’installation de Pleix dans le cadre de l’exposition «2062, aller-retour vers le futur» à la Gaîté Lyrique en 2012 à Paris

Image tirée de la dernière exposition de Pleix, « Paradise Pleix » à l’espace d’art MU à Eindhoven au Pays-Bas. Photo : MU/Boudewijn Bollmann

De l’industrie alimentaire à notre devenir hybride, les œuvres audiovisuelles et interactives de Pleix interrogent notre présent artificiel et technologique.

Pleix, le sens des pixels

Ce collectif interroge notre rapport à un monde hybridé par la technologie.

Pleix [plεks], nom masculin singulier («Pleix») ou pluriel («les Pleix») : 1- Un collectif d’artistes numériques français qui est régulièrement présenté dans des expositions et festivals internationaux et a créé en 2013 le clip du titre «Aydin» du groupe Discodéine. 2- Une marque déposée associée à un style de création audiovisuelle ambiguë jouant sur la fascination/répulsion vis-à-vis de la technologie. 3- Un espace de liberté et de solidarité créative développé entre 7 amis talentueux qui maintiennent leur anonymat respectif depuis 13 ans.

De l’ambiguïté dans les pixels

Les œuvres de Pleix ont toutes un point commun qui est la marque de leur art : elles sont ambigües. Elles tournent autour de la sémantique, du sens et des apparences. Leurs œuvres renvoient à la question des faux-semblants. Elles interrogent sur notre rapport aux médias, à la réalité, à la représentation dans notre rapport aux nouvelles technologies.

On ne sait pas très bien si elles nous séduisent plus qu’elles nous agressent, à l’image de la vidéo «E-baby», mettant en scène le lien le plus humain qui soit : la relation entre un parent et son bébé. Dans cette vidéo troublante où le bébé est une créature artificielle et le parent un utilisateur d’interface numérique, que ressentons nous au final ? Nos sens sont bousculés autant que le sens de notre relation à nos enfants technologiques.

La vidéo «E-baby» (2003).

Un collectif sans visage de l’ère numérique

Les œuvres de Pleix jouent avec l’identité, à commencer par la leur. On peut tenter de la définir ; pour autant on ne saura pas à quoi ses membres ressemblent, car Pleix n’a pas de visage. Les acteurs du collectif préfèrent mettre en avant leurs créations plutôt que leur ego. En cela, ils sont emblématiques des artistes électroniques qui enfilent un masque, ou pour un célèbre duo français un casque de robot. C’est la logique de l’anonymat de bien des internautes et joueurs en ligne avec leurs avatars, mais aussi et surtout bien avant eux des pionniers de la Techno de Detroit à la fin des années 1980 lorsqu’ils pressaient leurs «white vinyls» avec des pochettes abstraites et minimales en termes d’informations.

Donc pour Pleix, pas de photo mais des pixels, leur matériau de base. Oui, «pleix» est bien l’anagramme de «pixel», mais ce n’est pas l’origine de leur nom. Ce serait trop facile. Ils aiment jouer avec le signifié et le signifiant, non pas de manière élitiste mais pour le plaisir de titiller, de stimuler tout en divertissant. Ils se définissent d’ailleurs comme des «artisans de l’image» plus que comme des artistes.

Quand les spots de pub financent les projets les plus fous

Les œuvres de Pleix sont le fruit d’une amitié complice. Lorsqu’en 2000, Ils décident de rassembler leurs compétences multiples, ils veulent exprimer leurs émotions sur différents médias mais ne se voient pas comme des entrepreneurs. Farouchement indépendants, ils refusent de créer une structure commerciale. Ils continuent de travailler chez leurs employeurs ou clients respectifs et investissent le temps personnel restant pour créer ensemble leurs propres productions au sein de Pleix.

Les vidéos qu’ils mettent en ligne sur leur site se font rapidement remarquer et commencent à circuler d’exposition en festival où elles sont primées. Elles sont même pour certaines éditées sur les DVD du festival One Dot Zero et du label Warp. Pleix est apprécié, mais à ses débuts ne gagne pas d’argent. Le tournant arrive en 2003, lorsque leur vidéo clip «Itsu» pour Plaid est présenté par Saatchi & Saatchi, l’une des plus grosses agences de communication de la planète, au Festival de la Pub à Cannes. Les Pleix suscitent dès lors un vigoureux intérêt et sont contactés par plusieurs producteurs qui leur proposent de les représenter. Surpris, ils commencent à participer à des compétitions internationales et répondent à des briefs d’agences. Un modèle économique se met en place pour eux : l’argent gagné dans la pub leur permet de produire leurs projets personnels. Leur savoir-faire est aujourd’hui mondialement reconnu.

Au cœur du monde et de l’esthétique électro

L’ADN de Pleix est étroitement lié au secteur de la musique. Ils composent la plupart des bandes sonores de leurs vidéos et ont contribué à l’identité visuelle de plusieurs artistes de la «French Touch». Ils ont aussi réalisé de nombreux vidéo clips pour la scène électro. Leur dernier travail en date est «Aydin», réalisé pour Discodéine, deux amis de longue date de Pleix qui bénéficient d’un gros buzz (l’un des 2 est Pilooski, renommé pour transformer des perles oubliées en tubes massifs). La sortie de leur second album chez Pschent le 21 octobre était l’occasion rêvée pour s’intéresser Pleix.

Par Fabrice Bonniot

Bienvenue en territoire «pleixien» à travers 5 projets, 5 dimensions dans le parcours des Pleix que nous avons sélectionné de manière chronologique pour notre diaporama...

(Toutes les images de l’article © Pleix sauf mentions spécifiques)

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