Pleix, le sens des pixels

Ce collectif interroge notre rapport à un monde hybridé par la technologie.

Amnesty International (2010)

Le spot vidéo de la campagne de publicité menée par Amnesty International contre la peine de mort en 2010 a valu à Pleix un prix prestigieux, le Lion de Bronze au Festival de la Pub de Cannes. C’est la reconnaissance internationale d’une remarquable création «Full 3D», où l’on a pourtant le sentiment de voir de la vraie cire de bougie en train de fondre. Ce spot, en quelque sorte «offert» par le collectif à l’organisation de lutte contre toutes les violations des droits humains dans le monde, a demandé quatre mois de travail.

Un spot contre la peine de mort

La pub pour Amnesty International met en scène un espoir, mais aussi une menace à travers une illusion technologique terrible: la liberté d’expression peut être aussi fragile et éphémère qu’une bougie (le visage de cire qui se liquéfie dans l’un des derniers plans).

Pleix s’est investi avec passion pour cette pub dont ils respectent la cause, évidemment. On peut aussi y voir une métaphore de leur combat permanent pour préserver leur propre liberté créative en choisissant leurs ressources et la façon de les gérer. Car cette pub-là, contrairement à toutes les autres pour de grandes marques, ne leur a rien rapporté. RIEN. Aucune rémunération. Et c’est assumé…

Quand on accepte de travailler pour Amnesty International, on sait qu’il n’y a pas de budget. Et là, pour cette pub très spécifique, nous avons accepté de travailler gratuitement.

Une question de ressources

La question de l’argent est un sujet récurrent dans les discussions avec Pleix. Non pas que cela soit une obsession, mais plutôt un questionnement sur leur façon de vivre de leurs créations.  L’argent n’est pas thésaurisé chez Pleix. Il circule entre les sept membres pour «maintenir un espace de liberté pour la création pure». Ainsi ont-ils développé un fonds bien particulier qu’ils appellent le «RMI Pleix» et qui permet de rémunérer tous les membres de Pleix sur chaque projet. En général, une pub nécessite le travail de deux ou trois membres. 10 à 20% du budget sera distribué entre tous les «Pleixiens». Farouchement indépendants et farouchement solidaires entre eux. Mais, comment concilient-ils cette indépendance de style lorsqu’ils travaillent avec le cahier des charges si contraignant d’une pub ? Quelle est la différence entre une vidéo autoproduite et une publicité ?

«La pub doit plaire au plus grand nombre, donc la dimension ambiguë de notre travail y est moins présente – il faut vendre le produit. Nous sommes très sélectifs et nous essayons quand même de distiller un esprit “pleixien” au niveau de l’esthétique. Ce n’est pas dans ce domaine que nous nous exprimons le mieux. Mais comment vivre uniquement de nos productions ? La question reste ouverte, d’autant qu’après le disque, le monde de la pub est lui aussi entré en crise. Nous sommes en train de nous dire qu’il faut nous diversifier pour faire moins de pubs et plus d’expos, de print, d’apps (pour smartphones et tablettes)… C’est une bonne chose pour nous.»

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