Pleix, le sens des pixels

Ce collectif interroge notre rapport à un monde hybridé par la technologie.

Aydin (2013)

Aydin est un clip vidéo psychédélique et hypnotique conçu amoureusement pour Discodéine, un duo électro français en plein essor avec lesquels ils sont amis de longue date. Cette création audiovisuelle, cousue main, accompagne le single «Aydin», extrait du premier EP sorti en avril 2013 annonçant leur second album «Swimmer» qui vient de sortir.

Un trip techno

Aydin ? Un mot exotique, comme une invitation au voyage. «Let’s go on a trip». La nuit au bord d’une piscine, on suit une fille sans visage qui déambule dans une villa. Elle croise d’autres filles en bikini comme elle, qui rêvassent ou dansent, un verre à la main. Comme une carte postale envoyée depuis Aydin, ville touristique sur la Mer Egée en Turquie. Un voyage hédoniste dans lequel chaque fille ondule lascivement sur un rythme électronique tel un serpent. Le corps de l’une ressemble parfaitement au corps de l’autre. Mais voilà justement que le voyage tourne au «trip», au délire. Les corps s’effondrent  progressivement les uns après les autres, sans raison apparente.

La fille regarde ce qu’elle a filmé dans l’écran de son appareil photo numérique, qui soudain glisse et tombe en éclats.  Qu’a-t-elle vu de si troublant ? Et que voit le spectateur ici à travers le filtre technologique?

Que peut-on justement interpréter de ce clip vidéo ultra léché ? Les hypothèses battent bon train sur Internet depuis que ce clip a été mis en ligne en avril 2013. Les Pleix s’amusent des différents niveaux de lecture qu’on leur propose à ce sujet. Ont-ils défini un scenario à la base ?

Nous n’avions pas de fil conducteur. Les choses se sont construites peu à peu. Cédric (Marszewski aka Pilooski) et Benjamin (Morando aka Pentile) de Discodéine nous ont donné carte blanche, tout comme leur label Pschent. Ils ont juste précisé qu’ils aimeraient une dimension psychédélique.

Les couleurs acidulées, le traitement solarisé et le montage stroboscopique des premières images sont bien psychédéliques, en effet. Sans parler de la dimension fantasmagorique du clip : cette fille qui voit ses clones partout dans la villa, a-t-elle une perception déformée du réel parce qu’elle s’est droguée ? Est-elle en train de faire un rêve morbide et obsessionnel ?

La symbolique est forte, mais les Pleix ne nous donneront pas de clé. La mort rode. A l’intérieur de la villa, entre les amas de corps inertes, des CD jonchent le sol. Fin du disque, mort du clip ? «Le monde de la musique est rentré en crise ; les budgets pour faire un clip se sont effondrés». Les Pleix avaient arrêté de faire des clips depuis plusieurs années. «Aydin» est un retour singulier car ils ont travaillé intensément durant deux mois et demi avec une contrainte budgétaire considérable. Ils l’ont fait parce que «Cédric et Benjamin sont des amis depuis le début».

La contrainte devient alors un défi et l’envie de tester une technique un moteur de créativité.  Ils ont ainsi réinventé pour ce clip une sorte de «motion capture 2D faite à la maison», un travail lourd et répétitif  en calquant des images de corps samplés sur Internet. «Dans un studio de post-production traditionnelle, cela aurait nécessité des dizaines de milliers d’euros».

On va oser un dernier parallèle: les Pleix ressemblent à cette fille sans visage qui traverse la villa du début à la fin. Elle est sortie du bois comme de nulle part, a flirté et joué avec la technologie comme Eve avec le serpent, puis a disparu à nouveau entre les palmiers en nous laissant hypnotisés. Alors on se remet le clip en boucle.


Pochette du disque «Swimmer» de Discodéine, sorti le 21 octobre 2013.

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