Pleix, le sens des pixels

Ce collectif interroge notre rapport à un monde hybridé par la technologie.

Birds (2006)

Pour Birds, les Pleix ont saisi l’occasion de tester et d’explorer un outil technologique, la caméra Phantom 2000, à partir duquel ils ont construit l’idée de cette vidéo sophistiquée. Car cet appareil permet de réaliser des ralentis plus vrais que nature. Résultat : les chiens à l’image donnent le sentiment de voler tels des oiseaux. Les Pleix aiment la technologie. Mais à la différence d’autres artistes numériques, ils ne conceptualisant pas leur travail et se représentent comme «des gamins qui jouent dans un bac à sable».

Ceci n’est pas un chien

Les Pleix sont de grands enfants qui continuent de jouer aux Legos avec leurs ordinateurs. Sauf que les Legos qu’ils utilisent aujourd’hui coûtent un peu plus chers que ceux du bac à sable, surtout lorsqu’il s’agit de la Phantom 2000. Cette caméra était il y a quelques années la Rolls-Royce pour filmer de superbes séquences ultra ralenties, notamment dans les documentaires animaliers. Sa sophistication, découverte sur le tournage d’une pub, les a tellement excités qu’ils ont voulu tester son potentiel pour l’une de leurs vidéos. Et puisque justement cette caméra était associée à une certaine esthétisation du monde animalier, ils ont voulu jouer avec ses codes en filmant des chiens.

Des chiens ? Oui, mais la vidéo s’appelle «Birds»… Car ces chiens sont semblables à des oiseaux, en train de planer tout doucement dans l’espace, les oreilles décollées comme des ailes, sans jamais toucher le sol. On a l’impression qu’ils lévitent même, telles des créatures célestes : «C’est la caméra qui construit cette illusion».

Chez Pleix, l’image interroge sur la vraisemblance de ce qui est représenté, un peu comme un tableau de Magritte qui énoncerait «ceci n’est pas un chien». Ces 10 toutous ne sont pas de simples compagnons domestiques. Ils ont été «castés» et mis en scène sur un plateau de tournage comme des acteurs professionnels sur un shooting de pub pour une marque de cosmétiques, puis leurs représentations numériques ont été traitées en post-production avec des effets spéciaux complexes. Ces chiens pourraient être des stars au pelage soyeux qui, entre deux aboiements, s’écrieraient : «Parce que nous le valons bien !». Ils pourraient être des étoiles, à moins qu’ils ne soient des anges un brin ridicule. Ils nous renvoient à notre besoin d’idolâtrie médiatique qui oscille entre mysticisme et bouffonnerie.

Et la vidéo devient un clip pour Vitalic

Cette vidéo a tout de suite été partagée sur Internet, puis sélectionnée dans plusieurs festivals internationaux. Elle est aussi devenue, oh surprise, un clip vidéo officiel. La bande son a été composée en 2006 par un artiste français qui est devenu aujourd’hui l’un des grands noms de la scène électro : Vitalic. Les Pleix ont choisi ce titre alors que d’habitude ils produisent eux-mêmes leurs sons (composés par Bleip, un des membres du collectif).

Or, à l’origine, le single «Poney Part 1» n’avait pas encore de vidéo. Vitalic préparait son premier album… Et PIAS, la maison de disques qui le distribuait, a contacté, enthousiasmée, les Pleix, pour utiliser comme un clip la vidéo de chiens volants qu’ils avaient d’ores et déjà réalisée pour leur propre plaisir.

La vidéo devenue clip a été largement diffusée dans les médias internationaux, et même dans l’émission de Michel Drucker (dont on connaît la passion pour les chiens…). Les gentils toutous seraient donc finalement devenus des icônes ? Chien, oiseau ou poney, on ne sait pas au final quel est l’animal qui tire le plus la couverture à lui ici. Une chose est sûre, en revanche : le single de Vitalic, initialement diffusé en club, a bénéficié d’une formidable exposition grâce à ce clip… providentiel.

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