Pleix, le sens des pixels

Ce collectif interroge notre rapport à un monde hybridé par la technologie.

Hybrid (2012)

Hybrid est la première installation interactive conçue par Pleix dans le cadre de l’exposition «2062» à la Gaité Lyrique. L’hybridation, concept majeur et récurrent dans leur parcours, est ici mis en scène pour susciter la participation des publics au travers d’une série d’écrans : les animaux s’y transforment en d’étranges mutants en fonction de la présence ou non des visiteurs ainsi que de leurs gestes. Une expérience nouvelle et réussie pour le collectif.

À côté de HFCS, dans l’exposition «2062» de la Gaîté lyrique, il y a un second scénario alimentaire possible, pas franchement séduisant pour nous, les humains :

En 2062, les humains sont devenus végétariens, et les animaux bouffent les hommes.

Voilà le pitch idéal pour un film apocalyptique hollywoodien à succès. Mais chez Pleix, on ne sait pas tout de suite que l’on risque d’avoir peur. Avec Hybrid, le visiteur pénètre dans une forêt peuplée d’animaux qui a l’air bien accueillante. Sur 15 écrans, 40 personnalités animales différentes vous scrutent. Elles ont l’air si mignonnes, ces bestioles. Elles font même plein de petits bruits familiers qui vous invitent à vous rapprocher de l’écran. Alors forcément, on s’en rapproche comme pour aller les caresser. Et là, à quelques pas de vous, la bestiole, telle un vilain Gremlin qui a été un peu trop mouillé, se transforme et pousse des hurlements stridents. Le crâne perforé de prothèses robotiques, la mâchoire béante exhibant une dentition humaine repoussante, les yeux soudain exorbités. Les créatures deviennent «hybrides».

Les installations de Pleix dont Hybrid lors de l’exposition «2062, aller-retour vers le futur» à la Gaîté Lyrique à Paris.

C’est la première installation conçue par les Pleix sur un mode ludique, et surtout interactif. Chaque écran est relié à une Kinect, une console de jeu qui détecte les mouvements du visiteur et déclenche la transformation des bestioles dès que l’on atteint une certaine proximité.

Proximité bien discutable voire troublante. Le petit furet, mignon à croquer, a pris un air de dangereux délinquant aux verres fumés. Le gorille placide s’est habillé d’une collerette de plumes fuchsia, façon danseuse du Lido hystérique. On ne sait plus très bien ce qui est humain ou animal dans cette histoire. D’ailleurs, en prêtant attention, on remarque que les invitations sonores émises par ces créatures sont en fait des gémissements d’hommes et de femmes (l’équipe Pleix au complet et des amis venus s’amuser avec eux).

L’hybride est sans doute l’un des concepts les plus présents dans la création contemporaine via la technologie. Pleix le met en scène avec son mélange caractéristique de séduction et d’humour décalé. C’est quoi un humain demain ? Un robot avec des émotions (on pense au «Human after all» des Daft Punk) ou bien un grand singe qui fait son show ? Hybrid ne donne pas de réponse figée, mais ouvre une nouvelle aventure interactive pour les Pleix : ils ont envie de développer des applications du genre vidéoludiques pour leurs prochaines œuvres.

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