Quand l’art numérique fait son cinéma

Des installations mettent à nu le spectacle cinématographique

3mn scénario : guerre d’Alain Josseau (2014)

L’installation consiste en dix maquettes, lieux d’un conflit imaginaire dont les aspects rappellent Falludjah ou Bagdad en Irak. Réalisées à des échelles distinctes, ces maquettes sont comme des séquences de films. Chacune d’entre elles est d’ailleurs filmée par une mini caméra (seize caméras en tout), dont les images sont projetées de façon successive et aléatoire sur un écran surplombant l’ensemble du diorama (un système de présentation par mise en situation ou mise en scène d'un modèle d'exposition, selon Wikipédia).

Entre décor de cinéma et diorama historique, Alain Josseau a imaginé cette installation comme «une machine de dévoilement, une machine à montrer la fabrique des images», de manière à révéler «comment on peut les faire mentir». Parmi les artistes de l’exposition, c’est d’ailleurs l’un des seuls à porter ce regard critique sur le pouvoir de la télévision, la fascination qu’exercent les nombreux documents de guerre présents sur YouTube, sans oublier la puissance des figures et des fictions guerrières hollywoodiennes.

Si cette forme d’incision dans l’esthétique des médias a été largement explorée au cours des années 1980, notamment dans le champs de l’art vidéo, elle reste peu présente aujourd’hui dans le territoire des arts multimédias, et encore moins sous cet aspect sculptural.

Avec cette œuvre, porteuse de tension et de violence contenues, dans les images, les maquettes comme la bande-son constituée de fragments qui semblent prélevés sur les lieux mêmes des combats, Josseau se réfère à plusieurs régimes d’image. Son œuvre possède d’abord un aspect documentaire, largement inspiré par l’esthétique télévisuelle des news. Elle évoque ensuite, à travers ses différentes échelles de plans et ses panoramiques, la manière dont Hollywood ne cesse, depuis la guerre du Vietnam, de mettre en images les opérations de l’armée américaine. Mais surtout, avec ses petites caméras et son système de projection en forme de split-screen, qui rappellent les dispositifs de la vidéosurveillance, Josseau se réfère sans doute plus explicitement encore aux multiples caméras désormais embarquées à bord des machines de guerre, ainsi qu’à ces nombreuses vidéos qui, entre témoignage et propagande, ont envahi les réseaux sociaux, et dont il est souvent difficile de vérifier la véracité.

Utilisant différentes maquettes qui reproduisent des sources variées (documentaires, vidéo en ligne, image fixes, extraits de film), l’artiste cherche à pointer «l’imbrication permanente de la fiction avec ce qui est communément appelé la réalité», soulignant «la fictionnalisation de la réalité, la difficulté de séparer le vrai du faux, le simulacre du vrai». «Tout est aujourd’hui interchangeable», conclut-il, «La fiction peut faire vrai et la réalité peut sembler fictionnelle».

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