Quand l’art numérique fait son cinéma

Des installations mettent à nu le spectacle cinématographique

Google Earth Movies de Émilie Brout et Maxime Marion (2013)

Dans cette série de vidéos, ces deux jeunes artistes français qui ne cessent d’explorer les zones de porosité entre réel et cinéma ont transposé au sein des univers en trois dimensions de Google Earth, dix scènes mythiques du cinéma contemporain. Après un long travail d’enquête (retrouver les lieux de tournages sur la carte, décortiquer la structure des séquences), ils en ont reproduit quasiment à l’identique les cadrages, les mouvements de caméra et le montage, couplant cette séquence vidéo 3D au son d’origine des films. La vidéo présentée ici rassemble quatre séquences inspirées de classiques du septième art : Shining (Stanley Kubrick, 1980), Il était une fois en Amérique (Sergio Leone, 1984), Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979) et Fellini Roma (Federico Fellini, 1972).

Avec cette œuvre qui peut être présentée sous la forme de séquences vidéo simples (comme à Aix-en-Provence) ou sous la forme d’univers 3D interactifs, les deux artistes ont réuni deux formes de représentation que tout oppose. L’œuvre marie en effet des classiques du cinéma, que l’on doit au génie visionnaire, personnel, obsessionnel, en un mot subjectif de cinéastes comme Stanley Kubrick, Sergio Leone ou Federico Fellini, à une vision objective ou objectivée du réel, telle qu’elle se présente à travers Google Earth, cet outil de visualisation qui permet d'explorer le monde en 3D, modélisé d'après de nombreuses sources satellites, topographiques et météorologiques.

Selon les artistes, ces séquences cinématographiques, recréées à l’intérieur des “mondes fantomatiques de Google Earth vidés de tout personnage”, permettent “de se concentrer sur les cadrages et le montage seuls de ces films familiers qui hantent notre imaginaire tout en interrogeant notre rapport à la fiction et au réel”.

Le secret de la réussite de ces différentes séquences tient d’abord à l’utilisation de l’outil Google Earth comme un répertoire possible de fictions. Mais elle réside aussi dans ce télescopage de réalisme supposé (celui des modélisations de Google Earth) et de séquences tournées au sein de paysages réels (qu’il s’agisse des montagnes figurées dans Shining ou des plages des Dents de la mer). L’œuvre rappelle à quel point ces classiques du septième art se sont gravés dans notre esprit à travers leurs bandes-son, et font désormais partie de notre mémoire et de notre imaginaire collectifs. Mais elle interroge aussi la manière dont nous percevons parfois notre environnement, à travers le prisme mémoriel du cinéma.

Commentaires