Quand l’art numérique fait son cinéma

Des installations mettent à nu le spectacle cinématographique

The Pirate Cinema de Nicolas Maigret

L’installation vidéo de The Pirate Cinema, composée de trois écrans disposés sous forme de triptyque, est reliée à un système automatisé qui télécharge en continu les torrents cinéma les plus populaires, c’est-à-dire les films les plus téléchargés à travers les systèmes d’échanges pair à pair. Les données interceptées par le logiciel de l’installation (des images de films, de clips ou de série, parfois reconnaissables, parfois fragmentaires) sont immédiatement projetées de manière furtive sur un écran, avant d’être supprimées, permettant ainsi au spectateur de visualiser en direct l’activité du réseau et la nature des images échangées par les internautes.

Si dans ses modes de production, le cinéma s’est numérisé, le même phénomène s’observe dans ses modes de distribution et de diffusion. Le cinéma est désormais sorti des salles pour se répandre à travers les mailles du réseau. Avec ses fragments et ses flashes de sons et d’images, diffusés de façon quasi stroboscopique, The Pirate Cinema permet de visualiser et de matérialiser ces échanges numériques dont on peine souvent à saisir la quantité, et la qualité.

En se concentrant sur les films et les vidéos les plus populaires du site Pirate Bay, Nicolas Maigret dévoile à l’aide de ce dispositif la mondialisation et l’uniformisation de certains codes visuels et cinématographiques. L’installation se compose en effet essentiellement d’extraits de blockbusters hollywoodiens, de séries, de clips et de sitcoms américains, de films pornographiques, sans oublier de nombreuses comédies musicales de Bollywood, qui défilent et s’animent de façon hypnotique, et parfois rebutante, devant nos yeux. Une manière sans doute pour l’artiste de mettre aussi en lumière la volonté de puissance et de sujétion que recèlent ces images du Box-Office.

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