Quand l’art numérique fait son cinéma

Des installations mettent à nu le spectacle cinématographique

The river de Davor Sanvincenti (2009)

Cette vidéo d’inspiration picturale, présentée sur un simple écran, a pour origine une photographie noir et blanc prise à l’aide d’un vieil appareil, dévoilant un paysage composé d’un arbre, d’une cheminée et d’une silhouette humaine. À travers différents procédés numériques et analogiques de décomposition, de fragmentation ou de zoom, la caméra parcoure la surface de l’image, s’attarde sur ses nombreux détails abstraits, sans que le spectateur puisse saisir ce qu’elle représente. Ce n’est qu’au terme de 7mn30 que la nature prosaïque de la photographie originale se révèle de manière furtive.

En apparence, The river de Davor Sanvincenti, exempte de tout dispositif spectaculaire, est l’une des œuvres les plus simples de l’exposition. C’est aussi l’une des plus belles et les plus hypnotiques. Portée par la musique de Christian Fennesz, dont les procédés de composition, de décomposition et de traitement numérique du son font écho aux techniques visuelles de Sanvincenti, cette vidéo semble tout d’abord creuser la surface de l’image, s’attarder sur sa texture, dévoiler ses pixels, s’interroger sur ses composants, révélant une nature instable et des formes méconnaissables.

Le spectateur, tout d’abord désorienté, apprivoise peu à peu cet espace abstrait avant de reconnaître parfois quelques figures. L’une des grandes réussites de cette vidéo réside toutefois dans son climax furtif en forme d’épiphanie, d’une durée de quelques courtes secondes, au cours de laquelle le spectateur comprend la nature de l’image qu’il contemple depuis de longues minutes. Au fond, le propos de l’artiste est ici universel. Il interroge tout d’abord la nature plastique, picturale et matérielle de l’image, avant de proposer au spectateur d’assister à sa naissance.

Un extrait de Pixel Wind, une performance de Messmatik (pseudonyme de Davor Sanvincenti) et du musicien Christian Fennesz, au Joanneum Museum de Graz. Il s’agit de la version live de la vidéo The River, reprenant de larges extraits de l’œuvre originale.

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