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Images tirées du spectacle «Escales tactiles» de la compagnie K. Danse et du couple d’artistes du monde numérique Scénocosme créé en 2012 au festival des Bains numériques.

Image du spectacle de Maria Donata D’Urso, «Strata.2», premier prix de la catégorie Arts chorégraphiques du festival 2012. Photo Manon Milley

Primé en 2010 dans la catégorie Arts chorégraphiques, «Hermself» de la compagnie Clair Obscur se sert de la profondeur de l’espace scénique pour une installation plastique et interactive.

«Corpus Motion», proposé en 2010 par Image Temps Réel, est un dispositif scénographique permettant à deux danseurs et performeurs de manipuler des images mobiles projetées sur l’écran.

«Fotograma Completo Principal», ce dispositif audiovisuel articulé à une chorégraphie qui interroge la représentation du corps dans le contexte d’une guerre, mis en scène par Aniara Rodado, a obtenu le Prix de la création en 2010 et a été rejoué en 2012.

La danse vit une extraordinaire révolution numérique grâce à une nouvelle génération d’artistes et de chorégraphes présents au festival des Bains numériques.

Quand le numérique transforme la danse

Danse et arts digitaux aux Bains numériques

Chaque année, le festival des Bains numériques d’Enghien-les-Bains, dédié aux arts digitaux, est l’occasion de constater la richesse des rapports entre danse contemporaine et technologies du numérique. Petit aperçu en quatre pages d’une belle hybridation des genres, des œuvres de Scénocosme ou de Maria Donata D’Urso en juin 2012 à celles d’Image Temps réel ou de la compagnie Clair Obscur deux ans plus tôt.

15 juin 2012. Deux danseurs se frôlent, s’évitent, se caressent, se touchent brusquement ou se saisissent l’un de l’autre dans la salle des fêtes d’Enghien-les-Bains, et la musique de se transformer selon les modulations de chaque mouvement, de chaque jeu de touchers, tour à tour discrète ou omniprésente, fluide ou saccadée, rêveuse ou mélancolique, harmonieuse ou presque dissonante… Ce couple, par sa simple chorégraphie, crée une magie de sons et, dans une moindre mesure, de lumières. La réussite de cette fusion du corps et de la musique tient aux capteurs numériques qui habillent de pied en cape la femme et l’homme sur scène. Ce spectacle, «Escales tactiles», est la création de la compagnie K. Danse et de Scénocosme, duo référence des arts numériques ayant reçu le prix de la création Arts visuels et technologies des Bains numériques en 2010 pour sa pièce «Light Contacts». Et voilà que, deux ans plus tard, «Escales tactiles» est l’un des symboles les plus convaincants de la manière dont les nouvelles technologies transforment désormais la danse contemporaine…

Un extrait du spectacle «Escales tactiles» de la compagnie K. Danse et du couple d’artistes du monde numérique Scénocosme. Les mouvements et types de touchers des deux danseurs, le corps muni de capteurs, y modulent la musique.

Le corps transfiguré par le numérique

L’enjeu n’est plus, comme trop souvent dans les arts numériques, d’effacer toute matière ou de faire disparaître le corps, mais de transcender, et la matière brute et le corps pesant, via les outils du numérique. «Escales tactiles» crée ainsi une «réalité augmentée» au sens premier du terme : les multiples variantes du toucher y prennent en effet une dimension sonore nouvelle et totalement inhabituelle. La musique n’est plus un ajout extérieur, mais une partition exécutée en direct par les danseurs eux-mêmes grâce aux capteurs de leurs vêtements selon ce chef d’orchestre qu’est dès lors Scénocosme, moins compositeur en tant que tel que créateur d’une gamme sonore déclinée différemment selon la vérité de chaque spectacle. Autrement dit : le numérique rend ici audible l’émotion auparavant silencieuse transmise par les danseurs, qui par essence n’est jamais la même d’une interprétation à l’autre.

Le numérique n’est-il pas en train de redonner à la danse contemporaine, devenue presque trop classique, sa valeur d’exploration de nouveaux territoires ?

Voir un danseur comme Eric Minh Cuong Castaing calquer ses pas de hip hop sur ceux d’un ou plusieurs robots Nao suscite le sourire. Ce renversement du rapport entre l’homme et la machine de sa chorégraphie «Et si les robots dansaient ?» créée en 2012 pour les Bains numérique n’en fait pas moins réfléchir…

Les essais d’Eric Minh Cuong Castaing pour préparer sa chorégraphie avec plusieurs robots Nao et des projections de mangas : «Et si les robots dansaient ?», présentée en juin 2012 dans le cadre des Bains numériques.

Le numérique pour réinventer la danse et le spectacle

C’est Maria Donata d’Urso et sa compagnie Disorienta qui ont reçu le 16 juin dernier le premier prix de la catégorie Arts chorégraphiques du festival international des arts numériques d’Enghien-les-Bains, pour sa performance «Strata.2». Là encore, le numérique est un révélateur, une façon d’ouvrir de nouveaux espaces à la danse. Côté pile, l’artiste débute son spectacle de funambule à l’intérieur du théâtre du Casino, se mouvant au sein d’une structure de barres enchevêtrées qui semble prisonnière d’une chrysalide numérique. Dans l’obscurité de la salle, la vidéo générative de Wolf Ka dessine les contours organiques d’une matière irisée étonnamment profonde, qui donne l’étrange sentiment que la danseuse tente de se déplacer voire de s’extraire lentement d’une enveloppe mutante. Côté face, dans un deuxième temps, le spectacle continue dans le même dispositif architectural de perches en équilibre instable, mais cette fois dehors, sans le moindre apport digital. Et ce brusque retour à la nudité d’un squelette sans artifices apparents souligne d’autant plus fortement la manière dont le numérique nous transforme…

La bande annonce de «Strata.2» de Maria Donata d’Urso, avec les deux moments, dedans et dehors, de son dispositif.

Au final, «Strata.2» tient autant des Arts chorégraphiques que des deux autres catégories du festival, Arts visuels et Arts sonores. De la même façon, «Insitu fort Canning Hill» de Boedi Widjaja et David Letellier n’aurait jamais remporté le premier prix de la catégorie Arts sonores de l’édition 2012 des Bains numériques sans ses apports visuels et chorégraphiques assez extraordinaires…

Avant même de débuter, «Insitu fort Canning Hill» intrigue par sa mise en scène, son écran tout en longueur, étiré vers l’infini, un étrange rouleau de papier, des pierres, de l’eau et un liquide noir dans des sauts. Immédiatement, le spectateur est pris par les transformations numériques des images mais aussi des sonorités de la rivière de cet îlot de nature au cœur de la jungle urbaine de Singapour. Des jets de pierre sur le sol, le tonnerre du fouet d’un drap mouillé sur le papyrus, puis l’écran de pixels qui devient tableau à peindre : chaque geste de Boedi Widjaja participe d’une véritable chorégraphie électroacoustique. Là est la magie de l’œuvre : non seulement dans l’équilibre des gestes du performeur, de la musique électro et les images digitalisées d’une nature réinventée mais dans cet investissement autant physique que métaphysique de ses acteurs qui en font un vrai spectacle plein de surprises. Et chacun, au sortir de cette pièce hybride et pourtant cohérente, de se raconter sa propre histoire d’un ersatz de nature sauvé du chaos urbain de Singapour.

«Insitu fort Canning Hill» de Boedi Widjaja et David Letellier, alias Kangding Ray : un spectacle visuel, sonore et chorégraphique transcendé par le numérique.

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Et pour aller plus loin

Le feed back vidéo du Festival Bains Numériques #7 - Juin 2012

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