La réalité altérée par ses artistes même !

Quand les artistes s’emparent de la réalité augmentée

Les précurseurs, Christa Sommerer, Laurent Mignonneau et Maurice Benayoun

L’installation Interactive Plant Growing de Christa Sommerer et Laurent Mignonneau permet en touchant de vraies plantes, de faire pousser leurs clones de synthèse à l’écran. Tout se passe ici dans une seule et même pièce. Il y a d’une part la réalité «physique» des plantes dans le lieu, d’autre part tout ce que notre présence suscite de formes, de plantes virtuelles sur le grand écran qui «augmente» ainsi notre réalité et notre perception de l’environnement.

Interactive Plant Growing de Christa Sommerer et Laurent Mignonneau.

Maurice Benayoun avec NeORIZON, en 2008 à Shangaï, installe au sommet de la ville ses «IDWORMS», boites en forme de vers qui invitent à regarder à l’intérieur. Les visages y sont convertis en flashcodes… Ailleurs, mais cette fois au sein d’un écran géant, l’image de la ville évolue en fonction de ces conversions de l’image des gens en codes… Soit une drôle de réalité augmentée connectée à la ville…

NeORIZON de Maurice Benayoun.

Aux origines des arts de la réalité augmentée

C'est au milieu des années 1990 que sont apparus les précurseurs de l’art de la réalité augmentée d’aujourd’hui. On parlait plutôt à l’époque d’installations de réalité virtuelle. Ainsi, dès 1996 Christa Sommerer et Laurent Mignonneau créent leur Interactive Plant Growing et en 1997 Maurice Benayoun crée World Skin, un espace où sont projetées des paysages de guerre. Le spectateur dispose d'appareils photos et fait disparaitre de la vidéo, à chacun de ses clichés, le bout de paysage photographié.

Selon Philippe Quéau, essayiste qui a été parmi les premiers à s’interroger sur nos nouveaux mondes virtuels dans les années 1980 et 1990, ces artistes ont été parmi les pionniers de la réalité augmentée, et ce bien avant que n’apparaissent dans nos rues les premiers téléphones mobiles.

Dans l’interview qu’il nous a accordée, il dit notamment : «Ce qui me fascine, c'est que le seul fait de toucher des plantes bien réelles active une réaction de la plante qui peut servir à contrôler ensuite la synthèse de plantes virtuelles. Il y a là une troublante corrélation réel-virtuel, qui a ensuite été raffinée dans des œuvres comme Eau de jardin où là c'est l'eau qui est le médiateur.»

«Il y a aussi World Skin de Maurice Benayoun. Ce qui me plaît dans cette pièce c'est la métaphore visuelle qu'elle sous-tend. Le monde n'est qu'une scène, comme disait déjà Shakespeare. Mais là, on nous propose de la bâtir, cette scène, à coups de regards «photographiant» la guerre. Chaque clic est comme une création d'un petit pan de réalité virtualisée, augmentée de notre regard critique

 

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