La réalité altérée par ses artistes même !

Quand les artistes s’emparent de la réalité augmentée

La réalité partagée avec Kazuhiko Hachiya, Thomas Soetens et Kora Van den Bulcke

Inter Dis-Communication Machine, l’installation de Kazuhiko Hachiya, permet à chacun, grâce aux deux casques de réalité virtuelle, de voir, de vivre donc, la réalité de l’autre. Une situation perturbante mais très ludique, en particulier pour ceux qui assistent au spectacle.

Les deux participants sont harnachés d’un sac à dos contenant ordinateur et émetteur radio, d’une paire d’ailes, blanches ou noires, et d’un casque. Ils se placent de part et d’autre d’un cercle tracé au sol et ont pour objectif de se rejoindre pour se toucher la main. Sur chaque casque est fixée une caméra noir et blanc qui filme ce qu’ils voient. Mais eux sont aveugles car le casque de visualisation est opaque et occulte la réalité environnante. Ce casque affiche bien des images, mais ce sont celles transmises par radio de... la caméra de l’autre. Le déséquilibre sensoriel est total, les repères spatiaux sont inversés. Pour se rejoindre, on ne peut compter que sur sa mémoire visuelle et la voix de l’autre qui vous guide. Une expérience confondante de «réalité diminuée» puis «augmentée» par le partage avec son alter ego.

Inter Discommunication Machine de Kazuhiko Hachiya.

La réalité de l’altérité 

Qui ne s’est pas dit un jour qu’il aimerait entendre et voir ce que voit l’autre. Grâce aux capteurs et aux outils numériques de visualisation et d’écoute, le fantasme impossible de s’immiscer en l’autre ou de devenir l’autre, de vivre son expérience du réel, devient réalisable, partiellement et à certains niveaux sensoriels bien sûr. En attendant de pouvoir un jour partager avec l’autre, d’un clic de caméra, nos visions les plus délirantes et surréelles, voici deux exemples de «réalité partagée».

Permuter en temps réel la réalité visuelle de l’un et de l’autre, c’est techniquement assez simple, il suffisait juste d’en avoir l’idée. Et c’est ce qu’a imaginé Kazuhiko Hachiya dès 1993 avec son Inter Discommunication Machine qui a été présentée au festival Ars Electronica en 1996. Résultat : c'est une installation, aussi surprenante que poétique.

Autre exemple de réalité partagée, l’installation Spac[E]scapes, de l’artiste multimédia Thomas Soetens et de l’architecte Kora Van den Bulcke, tente de rapprocher deux lieux distants, deux points de vue donc, via un écran 3D répliqué de chaque côté en guise de lien. Elle fait ainsi émerger un troisième espace, un lieu intermédiaire, où l’autre est présent, «ouvrant de nouvelles perspectives sur la signification et l’expérience des espaces physique et virtuel se chevauchant mutuellement».


Spac[E]scapes de Thomas Soetens et Kora Van den Bulcke. Une installation faite de projections et de renvois d’images entre deux lieux distants.

 

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