La révolution de la géolocalisation des sons

De la toile à l’espace urbain : art sonore, soundmaps et soundwalk

Promenades réelles et virtuelles

À l’occasion de la manifestation Marseille-Provence 2013, Julie Demuer et l’équipe de la station locale Radio Grenouille ont conçu, produit ou rassemblé près de cinquante parcours sonores (toujours disponibles à l’écoute et au téléchargement), destinés à être écoutés à Marseille, Aix-en-Provence, Arles, Aubagne, Istres ou dans l’arrière-pays provençal. Ces parcours, au-delà de simples visites touristiques, entendent tout d’abord faire découvrir ou redécouvrir certains aspects de l’environnement urbain, notamment certains quartiers populaires, à travers des créations musicales, des pièces radiophoniques, des formes documentaires ou des récits d’habitants.


Chaque promenade sonore peut être visualisée ou téléchargée sur le site http://www.promenades-sonores.com/

Une autre façon de découvrir la Belle de Mai ou Arles

Du côté de la Belle de Mai, le collectif des Brouettes et Nelly Flecher ont ainsi rassemblé les voix d'une quinzaine d'habitants qui nous guident dans les rues et ruelles de ce quartier populaire marseillais.

À Arles, on peut s’asseoir sur les marches de l’Église des Jésuites, ou se promener aux alentours du musée Arlaten, à l’écoute de Plein comme une œuf, une pièce radiophonique conçue par l’atelier Kaye Mortley, nous permettant de pénétrer virtuellement à l’intérieur du bâtiment, fermé pour travaux.

Une vidéo de la série Google Stories, qui nous présente le travail de Julie De Muer et son projet des Promenades Sonores.

Deux autres promenades encore plus étonnantes

Toutefois, Julie Demuer conseillerait volontiers deux autres promenades plus singulières, l’une au sémaphore de Callelongue, surplombant la ville et la Méditerranée, et l’autre près de la sinistre prison des Baumettes.

Laissé à l'abandon depuis les années 80, le sémaphore de Callelongue surplombe la mer et alimente les rumeurs. Un mystérieux gardien semble y avoir exercé une surveillance des bateaux étendue aux habitants de la calanque. À partir d'enregistrements de conversations téléphoniques sur cassette trouvés sur place, d’interview et d’enregistrements du lieu, Jeanne Robet explore dans Le fantôme du sémaphore, la frontière entre le fantasme et le réel, jouant des codes du polar marseillais. L'auditeur promeneur est en effet invité à tirer les fils d'une histoire qui conserve sa part d'ombre, en multipliant les hypothèses, les contradictions et les on-dit.

Avec sa création d’inspiration radiophonique Les voix de l’intérieur, le journaliste Pascal Messaoudi propose quant à lui au spectateur une lente flânerie autour de la prison, un moment de réflexion à l’écoute de la voix et des textes des détenus des Baumettes, qui semblent ainsi percer à travers les murs.


Page d’ouverture du parcours virtuel imaginée par l’équipe des Promenades Sonores avec les créatifs de Google.

Et une ballade depuis son fauteuil : Google Night Walk

Si l’ensemble de ces promenades marseillaises sont destinées à être écoutées in situ, l’équipe réunie autour de Julie Demuer et de Radio Grenouille a tout de même pensé à ceux qui souhaiteraient, depuis leur fauteuil, s’immerger dans la vie marseillaise. Séduit par leur projet, le géant Google leur a en effet offert de produire un parcours virtuel, sous la forme d’une promenade nocturne, Google Night Walk, réalisée à l’aide d’une version interactive particulièrement spectaculaire et innovante de Google Street View.

Il s’agit d’une forme de «safari urbain», immersif et multimédia, mené à travers les ruelles du Cours Julien, un quartier du centre-ville, oublié des guides touristiques, connu pour sa vie nocturne, ses bars, son animation, mais plus encore ses milliers de graffitis et d’œuvres d’art signés par de nombreux street artists. Au cours de cette visite à 360° composée en sons spatialisés, en voix chuchotées (c’est la nuit) et en images fixes (ainsi que quelques vidéos Youtube qui apparaissent en pop-up), on suit les pérégrinations de Julie et de son ami Christophe, collectionneurs de photos de street art, on part à la recherche des «trente-quatre secrets du quartier», on y évoque la mémoire du romancier Jean-Claude Izzo, auteurs de célèbres romans noirs, on pénètre les cuisines d’un restaurant ou l’on croise enfin quelques figures du quartier, à l’image de Philou, un personnage d’origine vietnamienne, né à Hanoï, devenu au fil des ans le plus marseillais des marseillais.

Une manière sans doute pour Google de démontrer, ou de laisser deviner, les immenses potentialités créatives, interactives et audiovisuelles qu’offre la géolocalisation des données, lorsque cette technique est associée à la consultation de Google Street View.


L’une des étapes de la Promenade Nocturne et virtuelle, menée à la recherche des street artists du quartier du Cours Julien à Marseille.

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