Ryoichi Kurokawa, sculpteur de pixel

La nouvelle star de la scène des arts numériques conjugue beauté plastique et perfection technique

Un vernaculaire numérique

Chez Kurokawa, l’image, vibrante, incertaine, scintillante, est toujours sur le point de disparaître, de s’évanouir ou de se dissoudre dans une pictorialité abstraite, quand elle ne revient pas plus simplement à l’état de code. C’est là l’une des constantes de nombreux artistes et musiciens utilisant les moyens du numérique, dont les créations ne cessent d’explorer le va-et-vient entre lignes de code et figuration.
Extraits de Sirens (2012), vidéo et concert audiovisuel de Novi_Sad et Ryoichi Kurokawa.

Ryoichi Kurokawa n’est aucunement issu du sérail de l’art contemporain, ni même d’une prestigieuse école ou institution, spécialisée dans les nouvelles technologies. L’artiste fait plutôt partie d’une génération quasiment née avec un ordinateur entre les mains et pour qui les nouveaux logiciels de traitement du son et de l’image, aux capacités prodigieuses, qui apparaissent au tournant des années 2000, comme Max/MSP ou Processing, constituent des outils (ou des jouets) de référence. Cette scène artistique qui profite à l’époque de cette démocratisation des outils numériques, se distingue sous différentes formes, notamment à travers le genre musical dit de l’electronica (la frange la plus avant-gardiste de l’électro ou de la techno), ainsi qu’à travers la nouvelle vague des video-jockeys et des plasticiens numériques explorant les dispositifs intéractifs.

Pour ma génération, le PC est un outil quotidien, au même titre qu’un stylo. Le langage audiovisuel que nous avons développé constitue de la sorte une nouvelle forme de vernaculaire global et contemporain.

Extraits de Copy Nature (2003), un DVD de Ryoichi Kurokawa, qui témoigne de ses tout débuts en tant qu’artiste ainsi que de l’esthétique visuelle et sonore de la scène électronica du début des années 2000.

Depuis 2003 et la sortie de sa première œuvre audiovisuelle, Copy Nature, à la fois album et DVD, Ryoichi Kurokawa n’a ainsi cessé de développer son langage esthétique et sa maîtrise des outils technologiques. En l’espace de dix ans, l’artiste a délaissé la réalisation de simples vidéos pour peu à peu multiplier les écrans (Rheo, ground), développer le format novateur du concert audiovisuel (syn_, Sirens) et explorer le domaine des installations audiovisuelles immersives (Parallel Head, Orbit, Octfalls). Depuis moins de deux ans, on l’a vu aborder un nouveau format hybride, mêlant écran et sculpture (oscillating continuum), expérimenter la projection holographique (Mol) ou enfin imaginer une installation purement sonore.

Extraits de Parallel Head (2008), installation audiovisuelle immersive et multi-écrans.

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