Ryoichi Kurokawa, sculpteur de pixel

La nouvelle star de la scène des arts numériques conjugue beauté plastique et perfection technique

Une esthétique synesthésique

«Lorsque je commence à réfléchir à une nouvelle création, les images et les sons surviennent au même moment dans mon esprit, de manière particulièrement abstraite, comme si les images étaient sonores et les sons, lumineux». (Ryoichi Kurokawa, interviewé par Digimag)
Extrait de syn_ (2011), concert audiovisuel pour deux écrans.

Nicolas Wierinck, producteur des œuvres de Ryoichi Kurokawa, et directeur de l’agence artistique Cimatics à Bruxelles, se souvient de la découverte des premiers concerts audiovisuels de l’artiste : «en 2006, nous l’avions invité pour une performance diptych 2.1ch au Beursschouwburg et là, ça a été le choc. Nous venions d’un milieu de video-jockeys purs et durs, issus de la scène drum & bass et free-parties, au sein de laquelle les VJ travaillaient au service de la musique et des DJ. Son live cm: av_c (une version antérieure de syn_) a constitué pour nous une sorte de choc synesthésique. Le son était l’image et l’image était le son».

La synesthésie (du grec syn, avec ou union, et aesthesis, sensation) est un phénomène par lequel deux ou plusieurs sens sont associés. Une personne souffrant de ce trouble peut ainsi percevoir les lettres de l’alphabet ou les notes de musiques comme colorées ou d’une forme particulière. Cette sensation, qui est donc ressentie simultanément par plusieurs organes, constitue une référence commune pour de nombreux artistes qui depuis près d’un siècle (disons pour résumer de Paul Klee à Ryoichi Kurokawa en passant par l’art vidéo des années 1970 et 80) n’ont cessé de rêver à une forme de fusion parfois utopique entre sons et couleurs, image et musique.

Au cours des années 1970 et 80, les expériences audiovisuelles des artistes et ingénieurs américains, Steina et Woody Vasulkas, pionniers de l’art-vidéo, annoncent les œuvres de la nouvelle génération numérique.

Les créations audiovisuelles du Japonais, jouant avec nos perceptions, créent en quelque sorte des illusions synesthésiques, dont l’impact est particulièrement puissant chez le spectateur contemporain. Mais, de façon plus profonde, la fascination qu’exercent ses spectacles et ses œuvres s’explique plus encore par le vocabulaire sensoriel et onirique mis en place par l’artiste, dont l’alliage et le télescopage de sons et d’images nous renvoient à des perceptions cognitives primaires : longs écrans noirs peuplés de sons, flashes lumineux, stridences, textures et bourdonnements sonores, couleurs impressionnistes, formes géométriques, sons naturels et urbains, figures animales, silhouettes et visages fugaces, paysages naturels familiers ou rêvés…

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