Ryoichi Kurokawa, sculpteur de pixel

La nouvelle star de la scène des arts numériques conjugue beauté plastique et perfection technique

Une tradition japonaise

«Je passe beaucoup de temps dans la nature, à filmer et à enregistrer. Je considère la nature non pas d’un point de vue romantique, mais plutôt formel, en m’inspirant de ses structures et de ses mouvements. C’est le cas de Rheo qui est inspiré de l’expression grecque «Panta Rei», utilisée par le philosophe Héraclite d’Éphèse afin de décrire notre monde en mouvement perpétuel. Il s’agissait donc de combiner dans cette œuvre les mouvements de la nature à un jeu de graphismes et de sons, présentés sous la forme de tableaux verticaux rappelant la peinture japonaise.» (Ryoichi Kurokawa)
rheo : 5 horizons (2010) de Ryoichi Kurokawa, installation et concert audiovisuel.

Au-delà des images d’actualité, des formes et des silhouettes de la vie urbaine ou des savantes et novatrices constructions de formes et de couleurs dont il sait faire preuve, Ryoichi Kurokawa s’intéresse avant tout au thème de la nature. Selon son producteur Nicolas Wierinck, «son œuvre majeure est à ce titre rheo : 5 horizons, une installation et un concert audiovisuel composés de cinq écrans horizontaux, dans lesquels il montre sa vision la plus aboutie de la nature. Tout à été tourné en hiver en Belgique, dans le territoire du Zwin près de Knokke-Le-Zoute, une réserve naturelle protégée, dont les espaces peuvent paraître lunaires. Cette relation à la nature, et cet usage d’écrans verticaux, ont quelque chose d’ancestral. Ils sont profondément liés à la culture japonaise».

Octfalls (2011) de Ryoichi Kurokawa, installation audiovisuelle.

Aussi novatrice et futuriste puisse-t-elle paraître, l’œuvre de Kurokawa puise donc ses racines dans la tradition de la figuration japonaise. Selon l’artiste, documentariste et réalisatrice Keïko Courdy, spécialiste du pays, «le thème de la nature fait profondément partie de la culture japonaise, qu’elle soit aristocratique, lettrée, artistique ou populaire. L’art traditionnel, la poésie, le théâtre, la danse tout comme la calligraphie, mais aussi une grande partie du quotidien des japonais, s’élaborent dans un rapport avec la nature, ses rythmes, ses formes et ses saisons. Le Japon a toujours vécu avec de grandes catastrophes, des tremblements de terre, des tsunamis, des éruptions… Ils ont donc l’habitude que leur vie soit détruite par la nature et ont conscience de l’éphémère, de la notion d’impermanence de notre environnement. Cette attitude a aussi beaucoup à voir avec l’animisme, à la présence de divinités, dans la nature comme dans les objets». Selon Keïko Courdy, il ne s’agit donc pas d’un simple rapport de contemplation et d’émerveillement qui lie l’artiste à la nature, mais plutôt la conscience d’une coexistence, d’une unité de l’un et de l’autre. La nature agit chez les artistes japonais comme un reflet, ou un miroir de l’être humain.

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Et pour aller plus loin

Le webdocumentaire de Keïko Courdy, «Yonaoshi 3.11, au-delà du nuage», nous éclaire sur le rapport des japonais à leur environnement naturel, un an après la triple catastrophe du tremblement de terre, du tsunami et de Fukushima.

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