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En avril 2012 à Berlin, l’artiste présentait «data.anatomy [civic]», une installation composée à partir des données qui ont servi à l’élaboration de la voiture de la célèbre marque.

data.anatomy [civic] au Kraftwerk de Berlin en avril 2012.

Data.tron, exposition de Ryoji Ikeda, présentée au Grand Palais à Paris en 2008. Photo: Ryuichi Maruo.

Spectra, installation sonore et lumineuse de Ryoji Ikeda, présentée lors de la Nuit Blanche 2008 à Paris.

Les installations monumenta­les plastiques et sonores de l’artiste japonais lui ont valu d'être reconnu bien au-delà du monde musical.

Ryoji Ikeda, l’esthétique de la data

Il met en scène la «donnée numérique» et sublime les espaces

Auteur d'installations monumentales et de «concerts audiovisuels», musicien électronique et plasticien contemporain, Ryoji Ikeda met en sons et en images les flux de «data» de l'Internet et de tous les supports du numérique. Opération réussie, comme en témoigne en 2011 et 2012 l’intense activité internationale de cet artiste exemplaire d’une nouvelle génération de créateurs, de Berlin à Bogota en passant par Gijon, Rome, Paris, Tokyo, New York, Karlsruhe ou Bratislava.

De Gigon à New York, la data mise en scène

Jusqu’en janvier 2013, l’artiste Japonais présente ainsi au prestigieux LABoral, un centre d’art et de création industrielle basé à Gijón, en Espagne, «data.tecture [5 SXGA+ version]», une spectaculaire installation audiovisuelle. L’œuvre, à la fois sensorielle et puissamment immersive (comme la plupart de ses pièces) se propose de mettre à jour ou de matérialiser la substance invisible des données qui composent notre environnement. Des formes géométriques en 2D ou 3D, souvent abstraites, composées à partir de fragments de codes informatiques ainsi que de données scientifiques comme l’ADN, les coordonnées astronomiques de certaines étoiles ou les structures moléculaires de certaines protéines défilent sur un vaste écran posé au sol, sur lequel le public peut se mouvoir, et d’une certaine façon s’y immerger.

«data.tecture [5 SXGA+ version]» de Ryoji Ikeda en mars 2012.

En avril 2012 à Berlin, l’artiste japonais, basé à Paris, présentait «data.anatomy [civic] », une installation visuelle et sonore tout aussi imposante, développée aux côtés de Mitsuru Kariya, chef de projet de la Honda Civic. Entièrement composée à partir des données qui ont servi à l’élaboration de la voiture de la célèbre marque japonaise, cette œuvre ose l’analogie entre le corps de l’homme et la structure de la machine, l’installation fonctionnant comme une exploration anatomique du véhicule composé de métal, de plastique et de circuits intégrés.

«data.anatomy [civic]» de Ryoji Ikeda en avril 2012.

Enfin, à l’été 2011, Ikeda présentait à St Denis près de Paris ainsi qu’à New York «The Transfinite», une installation une nouvelle fois particulièrement immersive, dont les lignes graphiques, les formes géométriques et les aplats de lumière, mettaient à rude épreuve les sens des spectateurs, qui semblaient tous fascinés par ce paysage abstrait évoquant volontiers l’activité bouillonnante d’un disque dur.

Deux vidéos filmées par les visiteurs new-yorkais de l’installation «The Transfinite» de Ryoji Ikeda, présentée à New York au cours de l’été 2011.

Génération de l’image et du numérique

Si une partie du grand public ne découvre qu'aujourd'hui le travail de Ryoji Ikeda, le Japonais fait néanmoins partie d'une génération d'artistes d'ores et déjà très mature, apparue au cours des années 1990 et née avec l'Internet, les technologies mobiles et la nouvelle vague musicale électronique.

Grâce à son usage du numérique et de nouveaux logiciels, sa pratique de la programmation informatique ou parfois de plus simples technologies, cette génération est parvenue à transcender les supports et les pratiques dans son art de manier les données. En effet, Ikeda, tout comme son confrère et complice Carsten Nicolaï, ainsi que Frank Bretschneider, Karl Kliem, Robert Henke ou Mika Vainio, mènent de front une recherche visuelle et sonore, que ce soit sous la forme de simples CD, de pièces graphiques, d'œuvres vidéos ou d'installations audiovisuelles.

En images, un exemple de la collaboration musicale entre Carsten Nicolaï aux machines, le compositeur japonais Ryuichi Sakamoto au piano, et les images de l’artiste et ingénieur Karl Kliem.

Passionnés par les sciences, la recherche fondamentale ou le développement de logiciels expérimentaux, ces artistes ont profité de l’euphorie et du boom artistique et culturel de la génération techno de la fin des années 1990. Cependant, ils ne se sont jamais résolus à s'exprimer dans le cadre festif et parfois restrictif de cette culture désormais populaire, pas plus que dans le domaine tout aussi balisé de la musique pop. Refusant de se plier aux figures imposées du concert ou du DJ, ils ont réussi à inventer une nouvelle forme d'expression musicale, déployant leurs recherches sonores sous la forme de projections qui mettent à l'épreuve les perceptions du spectateur, ou de spectacles audiovisuels qui explorent les relations entre l'abstraction du son électronique et la création graphique.

Un extrait du spectacle «Cyclo» de Carsten Nicolaï et Ryoji Ikeda, présenté lors de l’édition 2009 du festival Mutek de Montréal.

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