Samuel Bianchini, l’interactivité en questions
De Valeurs croisées en 2008 à Surexposition au Palais de Tokyo en février 2016, l’artiste collabore avec des chercheurs comme ceux des Orange Labs.

Samuel Bianchini, l’interactivité en questions

De troublantes œuvres d’art interrogent nos comportements face à la technologie

Au croisement de l’univers de l’art contemporain et de l’art numérique, les œuvres et les installations interactives de l’artiste français Samuel Bianchini mettent en jeu et en lumière, de façon malicieuse ou parfois plus troublante, nos comportements et nos perceptions face aux réseaux et aux dispositifs technologiques qui quadrillent notre quotidien.

Du 18 au 21 février 2016, le public parisien est invité à se rassembler sur le parvis du Palais de Tokyo, autour d’un monolithe projetant un puissant faisceau lumineux vers le ciel. Cérémonie spirituelle ? Manifestation communautaire ? Tentative de communication avec d’autres formes d’intelligence ? Non, il s’agit de Surexposition, une expérience artistique collective, conçu à l’origine pour la Fêtes de Lumières de Lyon en décembre 2014, associant une installation et une application pour smartphones, développée par l’artiste Samuel Bianchini avec Dominique Cunin de l’EnsadLab (de l’Ecole des arts déco), Catherine Ramus et Marc Brice des Orange Labs ainsi que le compositeur Roland Cahen.

Samuel Bianchini - Surexposition
L’œuvre Surexposition lors de sa première présentation à Lyon lors de la Fête des Lumières en 2014. Photographie : Samuel Bianchini.

Les participants et spectateurs peuvent en quelque sorte s’exposer au regard des autres sous la forme de textes rédigés depuis leur smartphone, qui viennent s’inscrire sur le monolithe. Ces messages sont par ailleurs transcrits en code morse qui, lui-même, est traduit en impulsions lumineuses projetées vers le ciel de Paris. Revenant à l'essence même du morse, ces messages sont également transformés en composition sonore diffusée par l'installation autant que par les smartphones du public. C'est enfin, grâce à l’art de la data des designers et ingénieurs d’Orange, une communauté encore plus large dont on peut également prendre le pouls, à l'échelle de la ville, via une cartographie de l'usage du réseau de mobiles en temps réel, visualisable sur smartphones comme autour du monolithe, projetée au sol tel un tapis de données.

L’œuvre Surexposition lors de sa première présentation à Lyon lors de la Fête des Lumières en 2014.

À travers cette œuvre audiovisuelle, sensible, collective et spectaculaire, l’artiste français entend ici rassembler :

Surexposition crée une communauté momentanée, partageant un même espace, un même temps, un même rythme, scandé par les flux lumineux et sonores du Morse, l’une des premières formes de communication codée, l’expérience elle-même l’emportant sur le sens des messages autant que sur leur adresse.

Cette volonté de mobiliser le public à travers une expérience esthétique et ces appareils très personnels que sont les smartphones, constitue l’un des traits communs à de nombreuses œuvres de l’artiste. Depuis la moitié des années 1990, ses installations interactives et ses créations visuelles qui puisent dans les ressources du numérique, explorent en grande partie l’univers d’un art que l’artiste décrit comme «performatif», ses œuvres ne prenant forme que sous l’action, ou la performance, d’un spectateur à la fois visiteur et acteur du dispositif auquel il fait face, au sein duquel il est intégré.

Samuel Bianchini - Installation Valeurs Croisées
Image de l'installation Valeurs Croisées réalisée en 2008 pour la Biennale d'art contemporain de Rennes.

Dans l’histoire de l’art qui jalonne la seconde moitié du XXe siècle, le travail de Samuel Bianchini peut s’inscrire, selon l’artiste, «dans la filiation et la continuité du cinéma expérimental, de la vidéo et du multimédia des années 1930 à 1970». Ses œuvres se distinguent toutefois par leur usage de l’interaction et de l’interactivité, dont les premières manifestations dans le monde de l’art datent de la fin des années 1980. C’est sur ce domaine, qui lui permet d’articuler des problématiques liant l’espace physique, le corps et l’image, que l’artiste a désormais choisi de se concentrer.

Une grande partie de mes travaux porte sur une relation active au public. La gestualité et les mouvements du corps du spectateur sont pensés comme faisant partie de cette «presque mise en scène» que je mets en place à l’aide de mes dispositifs. Dans la plupart des cas, le dispositif-seul ne fait pas œuvre. Il a besoin du public.

Découvrez les huit œuvres majeures que nous avons sélectionnées pour notre diaporama commenté...

Toutes les images de notre diaporama sont © Samuel Bianchini.

Écouter notre interview de Samuel Bianchini

En 2013, l’artiste revenait en détail sur sa conception de la notion d’interactivité et sur les œuvres qui ont jalonné sa carrière, à l’occasion de la sortie de son livre et catalogue, Audience Works, publié et présenté par la Galerie Michèle Didier.

Durée : 39mn Télécharger

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