Samuel Bianchini, l’interactivité en questions

De troublantes œuvres d’art interrogent nos comportements face à la technologie

Sniper (1998)

Sniper nous place face au puzzle de vingt-cinq images d'une séquence vidéo de quelques secondes, témoignant de la chute d'une femme abattue par un sniper. Chacune de ces images est découpée en plusieurs moments se succédant dans le temps : à chaque fois que le spectateur survole l'un de ces vingt-cinq visuels à l’aide de la souris, il révèle son «moment suivant» dans la vidéo d’origine. Au fur et à mesure que l’internaute passe sur des pièces du puzzle, l'écran se compose et se recompose donc de fragments de différentes images mettant sur un même plan des temps différents de la chute de cette femme. Et l’Internaute de ressentir peu à peu cet assassinat avec d’autant plus de force…

Une œuvre charnière

Dans la carrière de Samuel Bianchini, l’œuvre Sniper (1998) fait figure d’œuvre-charnière, pionnière dans la découverte et l’exploration, par l’artiste, des figures de l’interactivité et de notre rapport aux images. Inspirée par les figures du jeu vidéo, mais autrement plus troublante et émouvante qu’un jeu de «Kill’Em All», Sniper constitue une œuvre idéale afin d’aborder la complexité de l’œuvre de Bianchini.

«Lorsque le public découvre Sniper, il y perçoit tout d’abord un caractère de puzzle temporel, qui l’amène à prendre les choses sur un caractère ludique. Puis, progressivement, à mesure qu’il manipule l’image, il se sent de plus en plus responsabilisé par rapport au geste qu’il effectue, à la façon dont il réalise cette image, à tous les sens du terme. Cette remontée par le biais de l’action physique, vers ce que l’on pourrait appeler un exercice de conscience, a été assez marquante pour moi. Elle m’a permis de me rendre compte à quel point on pouvait embarquer le public dans de nouvelles formes de représentation, par le biais d’une expérience esthétique et d’une activité physique».

Sniper critique de façon subtile notre rapport aux médias, aux jeux vidéo et plus largement aux technologies. Cette pièce interactive très simple a une dimension politique, caractéristique des œuvres de Bianchini. «Mes moyens sont toutefois plutôt ceux de l’expérience esthétique», précise l’artiste.

Il est important pour moi de rester dans une position qui ne cherche pas à délivrer des messages ou des contre-messages face aux médias dominants, mais à rester dans une position d’artiste, qui consiste à proposer des expériences esthétiques, qui peuvent amener à des formes de prise de conscience, des relations nouvelles aux images et aux médias en général, par le biais de pratiques plus personnelles et sensibles.

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