Samuel Bianchini, l’interactivité en questions

De troublantes œuvres d’art interrogent nos comportements face à la technologie

Valeurs Croisées (2008)

Une salle sombre est illuminée par plus de deux mille compteurs monochromes. De petites dimensions, ces afficheurs numériques à trois chiffres sont espacés régulièrement pour composer un grand tableau couvrant un mur de la salle d’exposition. Réagissant à la présence des spectateurs, ce mur de chiffres rend compte de leur activité en affichant en temps réel les distances qui séparent les compteurs des corps qui leur font face. Suivant les mouvements dans la salle, les compteurs varient et s'animent. Ils créent ainsi l'empreinte numérique des gestes des spectateurs, chaque partie de leur corps étant prise en compte par les compteurs grâce à un système de captation vidéo innovant.

Du comportement du public face à l’œuvre d’art interactive

L’installation Valeurs Croisées, filmée à Rennes en 2008 lors de la Biennale d’Art Contemporain.

Réalisée dans le cadre d'un contrat de recherche entre Orange Labs et le CiTu (Fédération de laboratoires des universités Paris 1 et Paris 8), pour la Biennale d'art contemporain de Rennes, cette installation interactive constitue l’une des pièces les plus célèbres de Samuel Bianchini. Elle témoigne des collaborations souvent novatrices que l’artiste initie avec l’univers de la recherche et de la science.

Financée par Orange dans un cadre de recherche, Valeurs Croisées m’a permis de travailler de manière très étroite avec des ergonomes, ce qui m’a obligé à porter un regard plus attentif sur le comportement des visiteurs et à apporter un peu plus de rigueur encore dans le regard que je pouvais porter sur la notion d’interactivité et de distance entre l’œuvre et le public.

«Le résultat le plus important de ce travail, explique l'artiste, c'est de voir la manière dont le public s’organise collectivement. Comment certains disent à d’autres : «fais-ci ou fais-çà, avance, etc.». Un des membres du public visualise comment l’autre réagit face à l’installation. En se mettant à distance, il perçoit alors quelque chose d’autre qu’il ne peut pas percevoir lui-même lorsqu’il est en interaction avec l’œuvre. Il y a ainsi toute une organisation collective que les ergonomes ont pointé dans ce travail, mais qui est aussi vrai pour d’autres installations comme Sniper ou D’autant qu’à plusieurs.

«On observe plein de choses intéressantes dans ces œuvres, qui donnent presque naissance à un système de relais, voire à des supporters. Certaines personnes aident en effet celui qui va prendre le risque de s’exposer, au sens fort du terme. Certains visiteurs ressentent une forme d’appréhension, de timidité face à l’œuvre, mais une fois qu’ils ont pris en main le dispositif, ils sont alors dépositaires d’une expérience supplémentaire par rapport à d’autres qui ne l’ont pas encore découverte. Dans ce cas-là, ils vont parfois jouer un rôle de médiation qui leur donne une certaine forme de pouvoir et d’autorité. C’est intéressant de voir comme ils vont jouer les médiateurs, avant de se mettre en retrait et de jouer les supporters».

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Et pour aller plus loin

Un fiche bien faite sur Valeurs Croisées.

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