Scenocosme, le numérique distille du rêve
Son, toucher, relations aux autres, aux plantes, à l’eau, etc. : Scenocosme utilise le numérique pour créer des petits mondes où percevoir l’invisible.

Scenocosme, le numérique distille du rêve

Les installations sensibles et interactives d’un étonnant duo d’artistes

Depuis 2004, Scenocosme, duo d’artistes composé de Anaïs met den Ancxt et de Grégory Lasserre, nous invite à participer à des expériences sensorielles troublantes dans le cadre de ses installations. Celles-ci, évolutives et interactives, constituent un axe majeur de leur travail mêlant art, technologie numérique, son et architecture. Une bonne part de la production de ces artistes relève de l’hybridation entre la nature et la technologie. Mais cela ne suffit pas à définir leur univers artistique, centré sur la poésie, l’imaginaire, les sens et la relation de l’individu à son environnement.

Quelle surprise ! Toucher une plante de l’installation Akousmaflore ou une pierre de Kymapetra produit du son. Suivre du doigt une veine du bois de Matières sensibles également. La sensation est particulièrement étrange, et le phénomène bien mystérieux à première vue. Effectivement, Scenocosme explore dans son travail les relations invisibles que nous entretenons avec notre environnement, en particulier les flux énergétiques infimes des êtres vivants.
Les installations interactives du duo mettent en scène les éléments naturels et le corps des spectateurs : pourtant essentielle, la technologie demeure cachée.
Les deux artistes nous embarquent dans des microcosmes qui se déclenchent par l’intervention du public. Des mondes étonnants, sources de jeu, de rencontres, de réflexion, de connaissance sur nos comportements...

Des microcosmes à expérimenter en solo ou à plusieurs

La première œuvre de Scenocosme, SphèrAléas, illustre l’aspiration maîtresse du duo, synthétisée dans son nom Scenocosme : scénographier des petits mondes.

Comme l’indique Anaïs met den Ancxt :

Il s’agit de mettre en scène la place du spectateur dans l’œuvre.

Dans l’espace de création onirique SphèrAléas, partagé à plusieurs, cela aboutit à une performance collective. Mais dans d’autres œuvres, comme Kymapetra ou Matières sensibles, l’interaction homme-installation est en revanche nettement intimiste.

Cette mise en scène du spectateur passe souvent par un petit rituel pour entrer en contact avec l’œuvre. Il peut être de type méditatif comme pour Kymapetra : prendre le temps de s’installer au sol, de ressentir les vibrations des pierres, etc. Il peut aussi porter sur les modalités d’interaction, de rencontre, comme pour Lights Contacts : il faut être au moins deux, la première personne touche la bille-capteur, la deuxième touche la première personne, etc. Dans tous les cas, l’œuvre, donc le microcosme, existe et évolue grâce à l’action des spectateurs-acteurs.

Souffle, une installation interactive vivant au rythme du souffle des participants.

La mise en œuvre de flux invisibles

«En tant qu’être humain, nous sommes tous entourés par une forme de nuage micro-climatique, à la fois de la chaleur, de l’humidité, de l’énergie électrostatique. Ce nuage nous suit un peu comme une ombre. Mais il a parfois une interaction avec son environnement, à une échelle qui nous échappe, et parfois il y a des nuages qui se rencontrent et qui s’échangent peut-être des informations. Nous explorons cet imaginaire, cet univers-là. Nous essayons de le faire parler, de donner des contours à ce nuage», précise Anaïs met den Ancxt.

L’exemple du flux électrostatique est particulièrement éclairant : quand la main entre en contact avec le capteur (bille métallique de Lights Contacts, pierre, feuille, etc.), cette énergie est captée via un dispositif électronique interactif, ce qui produit une réaction sonore ou lumineuse, stimulante pour l’imagination, selon une programmation longuement élaborée par les artistes.

Dans Ecorces, par exemple, c’est l’empreinte de chaleur que le spectateur est invité à laisser sur une feuille de bois qui sert de déclencheur, par contact de la main ou par le souffle. La trace visible de cette chaleur dévoile la matière du bois, son histoire, ses strates, cousines de nos couches de peaux. Des matières sonores différentes accompagnent les zones activées par la chaleur. Et l’œuvre crée chez le spectateur-acteur un drôle de sentiment, bien résumé par Anaïs met den Ancxt :

Au fur et à mesure que l’on prend le temps d’explorer cette matière du bois, c’est comme si on entrait petit à petit dans l’intimité de la matière et que l’on essayait d’aller au plus profond de ce qu’elle pourrait nous raconter.

Ecorces est une œuvre interactive visuelle et sonore qui met en interrelation la chaleur humaine et la chair du bois.

L’hybridation entre nature et technologie

Si la technologie est au cœur des créations de Scenocosme, elle y a sa place en tant que medium, au même titre que les autres éléments de l’installation. Elle sert à souligner ou sublimer les éléments naturels ou immatériels que l’on côtoie sans y faire attention. «Quand on travaille sur l’hybridation entre nature et technologie, ce qui nous intéresse c’est qu’à un moment donné, la nature va s’emparer de la technologie et va vivre avec. Cela va laisser place à plein de surprises, à plein d’imprévus», se réjouit Anaïs Met den Ancxt.

Une constante : l’imprévisible

Qui dit programmation ne dit pas manque de poésie ou d’imprévu. D’abord, personne ne diffuse la même énergie que son voisin, donc l’effet audible ou visible de l’interaction diffère selon l’individu qui participe à l’œuvre. De plus, les scénarios programmés peuvent évoluer et être adaptés à chaque espace d’exposition. En particulier, les scénarios sonores d’Akousmaflore ou de ses œuvres sœurs Phonofolium ou Domestic Plant, sont non seulement choisis selon le lieu, mais ils sont aussi définis de façon intuitive en fonction du type de plante, de la texture de ses feuilles, etc. Et puis, les plantes ont également leurs propres réactions à leur environnement…

La dimension relationnelle

Pour Scenocosme, la technologie n’est pas une question. Ce qui interroge beaucoup plus le duo, c’est ce qui touche à la relation et au comportement humain. «On invente de nouvelles manières de mettre en scène le spectateur», explique Grégory Lasserre. Et dans Lights contacts, Scenocosme va effectivement assez loin dans la question de l’interactivité, parce cette œuvre n’est pas interactive en elle-même, mais qu’elle crée de l’interactivité entre les gens : si l’on est seul, il ne se passe rien. Il faut forcément être en relation avec au moins quelqu’un d’autre. Et comme le contact doit être tactile, cela signifie que s’il n’y a pas de toucher, il n’y a pas de rencontre, pas d’activation de l’œuvre, et donc rien pour faire évoluer et construire un univers…

Scenocosme-Lights Contacts
Deux personnes suffisent pour activer Lights contacts, même s’il se forme parfois des chaînes humaines reliées en corps à corps à l’œuvre.

Dans cette question de la relation à ce qui nous entoure, une autre approche intéresse Scenocosme : le recul. On peut être acteur de l’œuvre en première lecture, mais il est tout aussi intéressant de se mettre en retrait et de regarder comment le public agit face à l’œuvre. Ainsi peut-on constater, par exemple, qu’un son de piano induit souvent un pianotage de la part du spectateur. Voilà matière à réfléchir encore et encore…

De nouveaux territoires à explorer

Alors que jusqu’alors la technologie restait essentiellement cachée dans les œuvres de Scenocosme, depuis 2013 et son œuvre Rencontres imaginaires, le duo met l’écran en scène. Bouclez vos ceintures ! Après un petit tour sur planète Terre, avec ce duo d’artistes, nous ne devrions pas tarder à décoller en direction de la stratosphère imaginaire numérique !

Découvrez les six œuvres de Scenocosme que nous avons sélectionnées pour notre diaporama commenté...

Par Marthe Aurèle.

Toutes les images de l’article sont © Scenocosme, sauf autre mention.

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