Scenocosme, le numérique distille du rêve

Les installations sensibles et interactives d’un étonnant duo d’artistes

Lights Contacts (2009-2013) : Installation mettant en scène le corps spectateurs

Avec Lights Contacts, les spectateurs deviennent des instruments sonores humains. Au départ, le public découvre, sous une voilure, une bille brillante installée sur un piédestal. Si une personne seule touche la bille, c’est sans effet. Mais dès qu’une autre touche la peau de cette personne, l’œuvre produit du son et la voilure s’illumine et se colore. Chaque type de toucher (caresse, tapotement, etc.) produit une sonorité particulière. Le son varie selon le niveau d’énergie électrostatique émanant des corps en contact. Le nombre de participants influe donc lui aussi sur les caractéristiques du son. Des variations de lumière dans la voilure accompagnent les variations sonores.

Mise en son et en lumière de la relation physique entre individus

En musique, le toucher est l’un des caractères du jeu d’un instrumentiste. Avec Lights Contacts, Scenocosme déploie cette dimension sensorielle au niveau des corps humains qui deviennent des interfaces productrices de sons et de lumières, des capteurs, moyennant un rituel de rencontre et d’interaction.

Surtout, à travers cette installation sensible, tactile, sonore et lumineuse, Scenocosme questionne les gens sur leur perception de l’autre. Ce que résume Anaïs met den Ancxt :

Au-delà de son dispositif interactif, c'est une œuvre qui crée avant tout de l'interactivité entre les gens.

Pour activer le dispositif de Lights Contacts, il faut être au moins deux, et entrer en contact de peau à peau. La charge électrostatique des corps devient musicalement palpable. Cette expérience sensorielle avec le corps de l’autre met en évidence une dimension qui échappe à notre perception commune. Grégory Lasserre :

Lights Contacts est une œuvre qui réagit grâce à l’énergie électrostatique du corps, qui est le seul élément déclencheur de cette installation. Les gens vont parfois jusqu’à faire des chaînes humaines entre eux, et le son évolue en fonction de cette quantité d’énergie impulsée.

Lorsqu’une première personne touche la bille, elle se voit attribuer un son, qui devient audible lorsqu’une deuxième personne lui touche la peau. La tonalité de ce son varie ensuite en fonction de l’intensité énergétique de la relation établie : plus le contact avec la peau de l’autre est intense, plus la tonalité est haute. Lorsque plusieurs personnes entrent en contact physique, les énergies s’additionnent et les sonorités grandissent en puissance tonale. La teinte lumineuse de la voilure associée au son évolue en fonction de cette tonalité, qui devient basse lorsque le contact entre les corps est ténu. 

Pour Lights Contacts, Scenocosme a beaucoup travaillé sur les scénarios sonores, essayant de voir de quelle manière un son peut vraiment influencer la qualité du toucher entre spectateurs, et ce que la façon de toucher peut également raconter. Ils se sont aperçus par exemple qu’en présence d’un son de piano, les participants vont avoir tendance à se pianoter les uns sur les autres, tandis qu’avec un son plus doux ils vont plutôt se caresser.

Un autre aspect du toucher relève de la culture : on se touche moins facilement dans certains pays, surtout entre inconnus. Mais Lights Contacts donne à ces rencontres un cadre artistique associé à un rituel qui aide les participants à dépasser leurs comportements habituels.

Lights Contacts a été installée pour la première fois en 2009. Depuis elle a beaucoup voyagé : au festival Parizone@dream à La Gaité Lyrique à Paris, en 2013 ; au Daejeon Museum of Art en Corée, en 2012 ; au  World Science Festival  (Eyebeam - Art + Technology Center ) à New York en 2011, etc. Elle a reçu plusieurs prix, dont celui de la création Arts visuels et technologies au Festival international des arts numériques d’Enghien-les-Bains en 2010.

Il existe plusieurs versions de cette œuvre aujourd’hui. Par exemple, Lights Contact a été métissée avec l’œuvre Rencontres imaginaires pour créer un espace interactif immersif baptisé Rencontres réelles et imaginaires, présenté à la bibliothèque municipale de Lyon-La Part-Dieu en 2013. Et pour adapter l’œuvre à des espaces où l’obscurité est impossible à obtenir, ou trop bas de plafond, Scenocosme a créé une autre version de Lights contacts, sans voilure, baptisée tout simplement Contacts.

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