Scenocosme, le numérique distille du rêve

Les installations sensibles et interactives d’un étonnant duo d’artistes

Rencontres imaginaires (2013) : œuvres vidéos comportementales

Rencontres imaginaires est une série de vidéos interactives comportementales. Le spectateur s’installe devant un écran. Il s’y voit comme dans un miroir, ou plutôt comme avec une webcam, sauf que de part et d’autre de son visage, à gauche et à droite, s’approchent virtuellement des mains et/ou des visages ayant des comportements singuliers. Il se produit alors une sorte de contact et de confrontation entre les images virtuelles et réelles, dont la force et l’esthétique rappellent le tout début du cinéma muet… Un peu comme une séquence de mime dont le spectateur deviendrait acteur.

Juxtaposition du réel et de l’imaginaire dans un petit monde d’artifice

Dans cette œuvre, pour la première fois, Scenocosme met directement le spectateur face à un objet électronique : l’écran. Mais ce qui y est présenté n’est pas une vidéo figée qui tournerait en boucle. C’est une œuvre qui réagit en fonction de l’attitude du spectateur devant l’écran.

Une nouvelle fois, le duo d’artistes a travaillé sur les comportements et la relation à l’autre. Mais là, il explore les sentiments réels provoqués par des contacts virtuels. Il traite une question relationnelle très contemporaine en la décalant dans l’univers du cinéma muet, du trucage à la Méliès.

C’est une œuvre numérique, mais qui donne l’impression de voir un film en analogique, en noir et blanc. Autre nouveauté : ici, Scenocosme n’utilise pas le son, expliquant que la sensation y est suffisante pour stimuler l’imaginaire sans cela. Les deux artistes s’y mettent d’ailleurs en scène, comme le dit Anaïs met den Ancxt :

Ces mains et ces visages, ce sont les nôtres, filmés en amont et préprogrammés. Leurs images se fondent avec celle du spectateur, qui ne voit donc qu’une seule et même image, de qualité film en noir et blanc.

La série des Rencontres imaginaires compte pour l’instant trois versions.

Dans Rencontres imaginaires 1 : Les mains curieuses, le reflet du spectateur fait progressivement apparaître des mains virtuelles qui essayent par exemple de caresser son visage, de le gratter, de le fuir, de l’attraper… Ces mains virtuelles perçoivent la présence du spectateur, mais elles disparaissent dès que celui-ci sort du cadre. Leur comportement change au spectateur suivant.

Dans Rencontres imaginaires 2 : Les baisers des artistes, ce ne sont pas des mains, mais les visages des deux artistes, Grégory et/ou Anaïs, qui  s’approchent de part et d’autre du spectateur pour l’embrasser, moyennant un grand éventail de mimiques, allant de la tendresse à la colère, du racolage au dégoût, choisies pour provoquer des réactions chez le spectateur.

La troisième version, Rencontres imaginaires 3 : Les mains et les visages, est un mix des deux précédentes, les mains et les visages apparaissant de manière aléatoire.


Rencontres imaginaires, lors de sa première présentation à la Bibliothèque municipale de Lyon-La Part-Dieu, en 2013.

Cette œuvre démultiplie les choix d’interactions et de rencontres possibles. Les contacts virtuels suscitent une variété de réactions gestuelles selon les spectateurs, qui se jouent des mains baladeuses ou fuient le bisou ou la langue des artistes. Autrement dit, le contact virtuel provoque d’étranges sentiments réels chez le spectateur. C’est l’occasion de réfléchir à nos propres relations qui deviennent de moins en moins réelles et de plus en plus virtuelles avec le numérique, des relations qui se démultiplient, mais qui s’appauvrissent peut-être aussi. Des questions de notre époque, mises en scène comme dans un autre temps : celui des débuts du trucage de l’image animée aux débuts du cinéma il y a plus d’un siècle.

Rencontres imaginaires a été présentée pour la première fois à la Bibliothèque municipale de Lyon La Part-Dieu, du 6 avril au 29 juin  2013, dans le cadre de l’installation Rencontres réelles et imaginaires, mixée avec Lights Contacts, qui, elle, propose une relation tactile réelle.

La vidéo de présentation de l’œuvre Rencontres réelles et imaginaires, en fusionnant deux autres, à Lyon au printemps 2013.

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