Uwe Schmidt, la musique à l’ère du disque dur

Le regard poétique d’un musicien électronique sur notre culture technologique

Aux sources du son électronique

Depuis la fin des années 2000, la scène électronique a profondément évolué. Autrefois confinée dans le ghetto des musiques alternatives, cette tendance musicale, aujourd’hui plus communément appelée électro ou EDM (pour Electronic Dance Music), a contaminé l’ensemble des genres musicaux, du rap au rock en passant par la chanson, pour finir par s’imposer comme l’un des styles, ou l’une des esthétiques parmi les plus populaires auprès de la jeunesse des années 2010.

Selon Uwe Schmidt, ce n’est toutefois pas «le cœur, l’essence originelle de la musique électronique qui lui a permis d’obtenir un tel succès. Des artistes comme Lady Gaga ont puisé dans le registre de la musique électronique, sucé jusqu’à la moelle son esthétique, pour la digérer et la régurgiter de façon plus conventionnelle». C’est la raison pour laquelle l’artiste en appelle à un retour en forme de «démarche spirituelle» aux fondamentaux historiques de la musique électronique, nés dans le sillage des expériences novatrices des laboratoires et studios d’expérimentation au cours des années 1950 à 1970.


Le portrait stylisé d’Uwe Schmidt, sous la forme d’une silhouette dessinée en ASCII.

La beauté de la musique électronique réside dans son essence «originelle», au sens de primitive, sans modèle, telle que l’avait décrite Karlheinz Stockhausen. La musique électronique porte en soi la quête d’une substance, d’une matière originelle. Je pense qu’il faisait référence à une musique qui n’était pas censée imiter quelque chose d’autre. En soi, la musique électronique qu’il créait et composait ne possédait ni schéma, ni règles, ni stéréotypes, ni modèle qu’il ou ses pairs tentaient de copier. Il lui avait fallu tout inventer à partir de rien». (Uwe Schmidt)

Ces dernières années, des albums comme Liedgut (2009) ou Winterreise (2012), publiés par le label Raster-Noton, semblent s’inscrire dans cette nouvelle esthétique, qui tente de donner une forme musicale volontiers mélancolique à des éléments et signaux sonores basiques pourtant très abstraits, comme certains types de fréquences, de souffles, de parasites ou de bruit blanc.

«Streuung Teil I» signé Atom™, extrait de l’album Winterreise (2012, Raster-Noton), s’inscrit dans une nouvelle démarche esthétique au sein de laquelle Uwe Schmidt tente de retourner aux sources de la création du son électronique.

Selon lui, «la beauté de la musique électronique réside dans son essence électrique, puisqu’elle prend forme à partir de quelque chose d’immatériel, (un courant électrique dont la modulation génère une forme d’onde sonore, NDR). L’instrument électronique, au fond, est immatériel. Cela n’a rien à voir avec une guitare ou des percussions dont le jeu implique que vous frappiez ou grattiez un élément physique qui est par la suite amplifié. Le mystère et la puissance de la musique électronique résident dans le fait que c’est une musique créée à partir de rien, à partir du vide. L’électricité, même si l’on peut la dompter, la guider, la calculer, reste une puissance mystérieuse. Au fond, la physique a bien du mal à comprendre ce qui passe à travers cette énergie. Cette essence originelle, cette manière de produire du son à partir de rien, cette manière de donner une forme à l’électricité à travers un disque dur, un synthétiseur, des circuits, révèlent bien ce côté immatériel qui, paradoxalement, produit quelque chose qui nous apparaît de manière bien concrète, une composition musicale. L’album HD s’inspire notamment de cet état, de ce processus».

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