Uwe Schmidt, la musique à l’ère du disque dur

Le regard poétique d’un musicien électronique sur notre culture technologique

Data Pop

Depuis le début de sa carrière au milieu des années 1980, la musique, toujours électronique mais souvent protéiforme d’Uwe Schmidt, peut s’écouter comme un commentaire sur la culture de son temps.

«Pop HD», titre d’ouverture de HD (2013), dernier album d’AtomTM.

Sur «Pop HD», le titre francophone et manifeste qui ouvre son dernier album, AtomTM semble ainsi appeler à une nouvelle forme de pop music composée de «sonorités artificielles et synthétiques» qui, puisant son essence dans les ressources techniques de nos disques durs, allie «la physique de la pureté» et «la beauté des résistances».

L’acronyme HD désigne le terme «hard disk», le disque dur. D’un point de vue technique comme esthétique, ma musique se résume souvent à une forme de manipulation d’informations stockées sur un disque dur. Le design des sons, les arrangements, la composition, tout cela est intrinsèquement lié à la logique et au fonctionnement d’un disque dur.

Phrase qu’il conclut ainsi dans l’interview réalisée pour le site Headphone Commute : «L’ensemble de ma pratique et de ma méthode puisent donc leur essence dans ce même médium», à savoir le disque dur…

«Strom», extrait de l’album HD, rappelle par son minimalisme et sa thématique technologique les pionniers allemands de la musique électronique, Kraftwerk.

Sur «Strom», il égrène d’une voix synthétique, en allemand et sous la forme d’un poème minimaliste, les éléments physiques comme les unités qui constituent notre environnement à la fois naturel et technique : «Strom, Volt, Watt, Ampere, Ohm / Sonne, Wasser, Wint, Atom» (courant, volt, watt, ampère, ohm / soleil, eau, vent, atome ).

«Ich Bin Meine Maschine» (Je suis ma propre machine) évoque le thème récurrent de la relation fusionnelle entre l’homme et la machine, à moins qu’il ne fasse référence aux derniers courants du transhumanisme.

«Sound Of Decay» semble quant à lui désigner la dégradation du signal comme du message à travers le passage du temps et la succession des supports technologiques.

«Empty» et son refrain en forme de jeu de mots («Empty, MTV») raille les programmes de la chaîne musicale, ce qu’il nomme le «fake’n roll» ainsi que la nouvelle domination de l’Internet sur les chaînes télévisées. «Stop (Imperalist Pop)» se veut une attaque en règle des stars de la pop mainstream («Monstrosity, Fascist control, Thanks to rock n’roll»).

Plus émouvant enfin, «Riding The Void», décrit la rencontre sur une piste de danse de deux êtres qui, comme portés par une vague sonore, semblent léviter et communier au cœur du vide.

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