Uwe Schmidt, la musique à l’ère du disque dur

Le regard poétique d’un musicien électronique sur notre culture technologique

Une démarche philosophique

Au fil de sa carrière, Uwe Schmidt n’a eu de cesse de questionner, parfois de manière directe, parfois de façon plus abstraite et poétique, les technologies, les supports ou les modes d’écoute qui modèlent notre manière de consommer la musique, comme en témoignent les noms de ses alias (Stereonerds, Disk Orchestra, Semiacoustic Nature, Soundfields), mais plus encore les titres de ses albums ou de ses morceaux comme «MP3 (MoralPovertyThree)», «iMix», «Digital Listening», «Binary Amplified Super Stereo» ou «Harddisk Rock».

AtomTM, «iMix» (2005, Laboratory Instinct).

«C’est une thématique que l’on retrouve de manière constante dans ma musique, comme dans ma vie quotidienne» renchérit-il, «même si de manière générale, la culture pop réfléchit peu sur elle-même. C’est en effet une attitude que l’on retrouve plus souvent dans le monde de l’art. Mon travail, même à travers des albums aussi festifs et populaires que ceux de Señor Coconut, se veut toujours une forme de réflexion sur l’état de la musique elle-même. Disons que cela relève d’une démarche plus philosophique que musicale».

Schmidt se montre assez disert sur l’usage des technologies musicales, et par extension des technologies à l’œuvre dans notre quotidien, dont nous semblons subir l’évolution constante.

Il existe une forme de slogan, typique de notre époque, «we do it because we can», que l’on retrouve dans l’économie comme dans la science, et qui par extension s’adapte parfaitement au domaine sans cesse croissant, notamment en termes de puissance, des technologies.

Et de préciser sa pensée : «Nous travaillons sur un nouvel ordinateur parce que nous n’avons pas le choix. Tout comme nous achetons un nouvel ordinateur, parce que c’est une nécessité. C’est un peu comme si nous vivions aujourd’hui à l’intérieur d’un algorithme, dont nous serions prisonnier, qui fait fonctionner notre système».

«En tant que musicien électronique, je suis sans cesse confronté à la technologie. Mais pour être honnête, je ne l’aime pas beaucoup. Je veux faire de la musique, pas mettre à jour mon ordinateur ! La technologie, comme l’Internet par exemple, détruit et réinvente notre environnement sans notre contrôle. Il me semble donc important de tenter de donner sens à tout cela, de reprendre une forme de contrôle. C’est ce que j’essaye de faire avec ma musique».

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