1971-2013, la saga du livre numérique

Une lente révolution inséparable de l’histoire de l’Internet

2000-2005. Du Gemstar eBook au projet Google Livres

Novembre 2000 – Le Gemstar eBook

La société américaine Gemstar lance le Gemstar eBook à New-York, successeur du Rocket eBook et du Softbook Reader. Il se décline en deux modèles : le REB 1100 (écran noir et blanc, successeur du Rocket eBook) et le REB 1200 (écran couleur, successeur du SoftBook Reader), tous deux construits et vendus sous le label RCA, appartenant à Thomson Multimedia. Ils sont vendus respectivement 300 et 699 dollars US par la chaîne de magasins SkyMall.


Le Gemstar eBook, créé par la société américaine Gemstar. Il fait 18 centimètres de hauteur, pèse un demi kilo et peut stocker de 20 à 150 livres.

Les ventes s’avèrent être très inférieures aux pronostics. En avril 2002, un article du New York Times annonce l’arrêt de la fabrication de ces tablettes par RCA. Les modèles suivants, le GEB 1150 et le GEB 2150, lancés à l’automne 2002, sont produits cette fois sous le label Gemstar et vendus par SkyMall à un prix beaucoup plus compétitif...  Mais – faute d’un marché mûr pour ce genre d’appareil – les ventes persistent à rester peu concluantes et Gemstar décide de mettre fin à ses activités eBook. La société cesse la vente de ses tablettes de lecture en juin 2003 et la vente de ses livres numériques le mois suivant.

15 janvier 2001 -  Wikipédia

Le projet d’encyclopédie en ligne ouvert aux contributions de tous est lancé le 15 janvier 2001 par Jimmy Wales et Larry Sanger à San Diego aux États-Unis. C’est un succès immédiat. Deux mois plus tard, le 23 mars, la version française est officiellement créée. Elle est la première version de Wikipédia dans une langue autre que l’anglais, suivie par les versions en allemand et en catalan. Le projet, décrit par son cofondateur Jimmy Wales comme «un effort pour créer et distribuer une encyclopédie libre de la meilleure qualité possible à chaque personne sur la terre dans sa langue maternelle», devient en quelques années l’un des sites Internet les plus consultés au monde. Il existe 285 éditions de Wikipédia localisées par langue au 12 février 2013.

En 2012, Wikipédia (dans sa version anglaise uniquement) lance un nouvel outil qui permet de transformer n’importe quel texte de Wikipédia en ebook ou même en livre papier.

23 janvier 2001 – Le Cybook de Cytale

La start-up française Cytale, créée en 1998 par Marc Vasseur, Jacques Attali et Jacques Lewiner, lance son Cybook, premier lecteur dédié de livres électroniques européen, qui avait été présenté en mars 2000 lors du Salon du Livre. Sa mémoire – 32 Mo de mémoire SDRAM et 16 Mo de mémoire flash – permet de stocker 15.000 pages de texte, soit 30 livres de 500 pages, dans un appareil de 21x16 cm pesant un kilo.

Lors de son lancement en janvier 2001, Olivier Pujol, le PDG de Cytale, confie à la presse : «La demande des marchés est très forte, nous ne sommes pas certains d’être à même de la satisfaire entièrement dans l’immédiat. Nous pourrons fournir 8 000 machines par mois dans un premier temps»... Malheureusement, le Cybook ne va pas rencontrer le succès escompté. Son prix de vente élevé est la première raison invoquée pour expliquer son échec (de 450 euros à 900 euros, plus un abonnement mensuel de 19 euros donnant notamment accès à un kiosque de téléchargement). En cause également, les contraintes liées aux nombreux formats de numérisation et à la sécurisation des contenus des livres. Enfin, dernier obstacle, le manque de maturité du marché français. Le Cybook ne parvient pas à convaincre son public. On lui reproche «son manque de confort de lecture», «son poids élevé», «son manque d’ergonomie»... Cytale doit déposer le bilan en juillet 2002.

L’aventure n’est pas close pour autant et va se prolonger, avec succès cette fois. En 2003, deux ingénieurs de Cytale, Michael Dahan et Laurent Picard, créent la société Bookeen et reprennent la commercialisation du Cybook. Le Cybook 2e génération est lancé en avril 2004. Bookeen dévoile en juillet 2007 une nouvelle version de sa tablette, baptisée Cybook Gen3 (3e génération), avec un écran utilisant la technologie e-Ink. Suivront le Cybook Opus, le Cybook Orizon et le Cybook Odyssey HD Frontlight (novembre 2012). Bookeen réussit à profiter du boom du livre électronique, notamment grâce à un positionnement fort en Europe. Pour 2013, Le Cybook Odyssey devrait atteindre le chiffre de 100.000 exemplaires vendus.

Présentation du Cybook 2 par Michael Dahan, co-fondateur de la société Bookeen, en 2004.

2004 – Les blogs ou l’édition personnalisée

En 2004, Le Monde.fr, site du quotidien Le Monde, lance ses propres blogs, «un formidable format d’expression journalistique qui permet un dialogue quasi instantané avec son lecteur», selon Yann Chapellon, directeur du Monde interactif. En juillet 2005, on compte 14 millions de blogs dans le monde, avec 80.000 nouveaux blogs par jour. En décembre 2006, on en recense 65 millions, avec 175.000 nouveaux blogs par jour. Au printemps 2011, on en dénombrait au moins 156 millions, et pas moins d’un million de nouveaux articles de blog publiés chaque jour.

Toujours en 2004, le terme Web 2.0 apparaît pour la première fois. Il émane d’un éditeur de livres informatiques, Tim O’Reilly, qui l’utilise comme titre d’une série de conférences qu’il est en train d’organiser. Caractérisé par les notions de communauté et de partage, Le Web 2.0 trouve son expression dans des millions de sites dont le contenu est alimenté par les utilisateurs (blogs, wikis, sites sociaux comme Facebook ou Twitter, encyclopédies collaboratives comme Wikipédia, etc.).

Avril 2004 – Le Librié de Sony

Sony lance au Japon le Librié 1000-EP, premier reader dédié utilisant la technologie de l’encre électronique. Ce sera un échec commercial. «Son prix élevé et les mesures anti-piratage draconiennes les livres pouvaient seulement être empruntés pour une durée de 60 jours ont découragé les consommateurs.» (Bruno Patino, «Rapport sur le livre numérique» remis à Mme Christine Albanel, le 30 juin 2008).


Le Librié 1000-EP de Sony, premier reader utilisant la technologie de l’encre électronique.

Mai 2005 – Google Books, un projet de numérisation du patrimoine écrit mondial

En décembre 2004, Google révèle son «intention de numériser 15 millions de livres provenant de bibliothèques pour créer un catalogue virtuel complet de tous les livres et dans toutes les langues». Son programme de numérisation est lancé en mai 2005. Moins de six ans après sa première annonce, en mars 2011, ce chiffre de 15 millions de livres numérisés est atteint.

Le nom du programme, Google Books, désigne plusieurs éléments distincts : le service de recherche «Google Book Search», le «Google Book Partner Program» permettant aux éditeurs d’inclure ou non leurs ouvrages dans la base de données de Google, et le «Google Books Library Project» qui regroupe les partenariats avec les bibliothèques. Dès son lancement, le projet a donné lieu à d’importantes batailles judiciaires qui ont marqué le monde de l’édition et façonné le paysage du livre numérique, en France et aux Etats-Unis notamment.

Le 11 juillet 2008, le maire de Lyon Gérard Collomb donne son feu vert pour que Google engage la numérisation d’ouvrages patrimoniaux de la Bibliothèque municipale de Lyon (deuxième bibliothèque patrimoniale de France - 1,3 million de titres). C’est le premier accord avec une bibliothèque française, et le vingt-neuvième dans le monde. D’une durée de 10 ans, il porte sur les livres tombés dans le domaine public, soit entre 450 et 500 000 ouvrages imprimés entre le XVIe et la fin du XIXe siècle. À cette occasion, Google implante son premier site local de scanner en France, dans la banlieue lyonnaise, qui doit permettre d’atteindre le rythme de 2 000 livres scannés par semaine. Résultat de ce partenariat inusité en France, qui donnera lieu là encore à de nombreuses polémiques : le 12 décembre 2012, la BM de Lyon lance Numelyo, sa bibliothèque numérique, permettant la consultation de 432 ouvrages numérisés. Il devrait y en avoir 60.000 fin 2013, 200.000 en 2014 et 400.000 en 2015.

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