Le chasseur de mémoire

Comment Internet peut contribuer à la mémoire vivante des films. Une interview de Serge Bromberg.

De Paris sous les eaux à Marilyn Monroe

Le terme qui est le plus utilisé dans notre conversation est à juste titre le mot «mémoire». Mais on pourrait presque utiliser un autre terme, à savoir «antimémoire»… Ce dont on parle, bien au-delà de la conservation des œuvres, c’est de la rencontre présente, soudaine, avec un sentiment de nouveauté. C’est cet aspect d’irruption, de naissance, de contact avec le mystère du cinéma qui est au cœur de votre propos…

Clairement, oui. L’important c’est l’émerveillement. En plus de l’émerveillement de découvrir quelque chose de profondément talentueux, c’est assez merveilleux quand un cocktail fonctionne et qu’un film passe à une certaine postérité, que ce film soit encore vivant cinquante ans ou cent ans après avoir été fabriqué !… Mais, au delà de cet élément, il y a une chose de plus, c’est le temps. Le temps où le film a mûri. La matière même du temps !…

Avec cet émerveillement qui traverse le temps…

Un jour dans une brocante, j’ai acheté un vieux projecteur. J’y ai trouvé une bobine de nitrate, un peu décomposée, avec un film qui s’appelait «Pauline, professeur d’anglais», c’était à pleurer !  Et puis derrière, brusquement, la couleur change ! Il y avait un autre film : Paris sous les eaux en 1910 ! Je peux vous dire… J’avais les pieds dans l’eau !… Je n’ai jamais autant rêvé qu’en voyant ces images de Paris inondé ! Qui non seulement sont incroyablement spectaculaires mais qui, bien plus, sont vraies !… Vous avez remarqué à quel point aujourd’hui vous pouvez faire toutes les débauches d’effets spéciaux, de 3D, sans faire rêver personne ! Et là, dans ce film, il y a des hommes qui ne sont plus là, qui ont essayé de se battre contre une inondation qui a fait un mort, un seul mort au cœur de Paris !… C’est ce que l’on voit dans ce film. On découvre un sergent chef sur une barque, au niveau du deuxième étage d’une maison, il veut aider une femme à sortir de son balcon, il plonge à l’eau pour aller la chercher, et… Et il ne sait pas nager !… Il s’est noyé !…


Cliquez sur l’image pour découvrir sur Europa Film Treasures «Dunkerque, filmé depuis un tramway», un documentaire issu d'une copie nitrate tourné en 1908…

L’objectif de Europa Film Treasures, c’est donc de faire partager ce rêve qui a été le vôtre à la découverte de ce film ?

Oui, tout à fait. Europa Film Treasures nous raconte, avant tout autre chose, des histoires ! Des histoires que des cinémathèques ont jugé important de sauvegarder et que nous avons jugé important de partager… Le premier avion qui ait emporté une caméra en vol, il est sur Europa Film Treasures !… C’est le film que les gens sont allés voir le plus. Le deuxième film que les gens sont allés voir le plus, c’est une marche en 1897 à Edimbourg, ça dure quarante secondes. Il y a plus de gens qui sont allés voir cette marche à Edimbourg ou le tramway dans les rues de Dunkerque en 1908 que de gens qui sont allés voir une supposée Marilyn Monroe faisant un strip-tease et se faisant des papouilles avec une pomme et une bouteille de Coca !… Pourquoi y a-t-il plus de gens qui sont intéressés par un tramway en 1908 à Dunkerque que par Marilyn Monroe toute nue, je ne sais pas ?… Et je m’en réjouis ! Quelque part, pour le site, cela montre que nous sommes déjà passés dans le registre de la curiosité universelle.

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Écouter le cinquième fragment de l’interview de Serge Bromberg

Serge Bromberg, collectionneur de films de cinéma de patrimoine s’enflamme sur ce film trouvé par hasard sur l’inondation de 1910 à Paris et d’autres perles diffusées sur Europa Film Treasures.

Durée : 4mn Télécharger
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