Kuduro

Kuduro

L’Afrique réinvente la musique électronique

Après la vague techno des années 1990 dans les pays occidentaux, la musique électronique est en passe de conquérir l'hémisphère sud.

L’électro comme on l’appelle également, genre musical volontiers hybride, basé sur la démocratisation du numérique et des logiciels de composition, connaît en effet un réel succès populaire en Amérique du sud comme dans certains pays africains. Sa capacité à métisser une inspiration locale et une forme d'esthétique globale permet à de nombreux jeunes musiciens d'adapter la pratique du mix et du DJ à leur propre culture, parfois même en utilisant des téléphones mobiles...

Ce phénomène est particulièrement présent à Luanda, capitale de l'Angola, une métropole dans laquelle une nouvelle génération d'artistes a réussi depuis le milieu des années 2000 à propulser le Kuduro parmi les styles les plus populaires de leur pays, comme d'ailleurs dans une grande partie de l'Afrique.

La première partie du documentaire «Planète Kuduro» (2011) : une plongée à Luanda, épicentre et capitale du Kuduro angolais.

Circulant grâce aux réseaux de la culture lusophone, du Portugal au Brésil en passant par les nombreuses communautés capverdiennes implantées en Europe, sans oublier le rôle de leur média favori YouTube, le Kuduro connaît chez nous un nouvelle étape de son succès, dans les milieux afro-antillais, chez les jeunes Français issus des classes populaires mais aussi chez les branchés de la scène électro.

«100% Angola» : déjà, en 2006, le musicien français Frédéric Galliano invitait au Bataclan certains des pionniers du Kuduro.

«Le Kuduro débarque en France», un sujet tourné par l'équipe du Bondy Blog en 2008 sur l'émergence du mouvement et de la danse Kuduro dans les quartiers populaires français.

Le Kuduro, qu'est-ce que c'est ?

Le Kuduro est tout autant une danse qu'une musique. Les chorégraphies créatives et athlétiques de ses jeunes danseurs, influencés notamment par les figures du hip hop, illustrent à merveille le tempo frénétique et le phrasé énergique de cette musique. Quant à ses «Masters of Ceremony» et autres chanteurs, ils évoquent les plaisirs de la drague et de la fête autant que les difficultés sociales vécues par les habitants des «musseques», faubourgs désolés de la capitale luandaise.


Tony Amado (à gauche), qui a été l’un des principaux initiateurs du Kuduro en Angola. © photos Frédéric Galliano

L’un des initiateurs du genre, Tony Amado, s'est inspiré en 1996 des rythmes électroniques à quatre-temps de la house et de la «dance-music» occidentale (particulièrement le fameux tube «I like to move it» des new-yorkais Reel 2 Real) pour le métisser aux percussions endiablées de la «semba», du «kizomba» ou de la «batida», ancêtres des musiques de carnaval brésiliennes. Quant à la chorégraphie, il déclare avoir emprunté l'idée de mouvements au «cul serré» ou au «cul dur» (d'où le nom de Kuduro) à une séquence de danse plutôt comique du film «Kickboxing», mettant en scène le comédien et star des arts martiaux Jean-Claude Van Damme.

Buraka Som Sistema, «Sound of Kuduro feat. DJ Znobia». Un extrait de l'album « Black Diamond » (Fabric). Le groupe portugais s'inspire du Kuduro angolais et le mixe à l'électronique européenne de style techno et drum & bass. Le clip témoigne de leur voyage initiatique mené à Luanda en 2007.

C'est au cours des années 2000 que le Kuduro a gagné en popularité auprès du jeune public angolais, révélant des artistes aussi inspirés que Dog Murras, DJ Znobia ou Bruno M. Plus récemment, ce sont des musiciens et DJ occidentaux, comme M.I.A., DJ Diplo, les jeunes portugais du Kuduro Som Sistema et plus encore le Français Frédéric Galliano ou Radioclit, qui se sont chargés de faire découvrir à leur public la créativité des artistes angolais.

«Kuduro» de Agre G (2010), l’un des tubes-phares du mouvement musical angolais.

«Essa Mama» par Les Princes du Kuduro (2011), l’un des rares groupes français de Kuduro.

Détournement ou appropriation des technologies ?

Ce qui semble fasciner de nombreux occidentaux, qu'ils soient journalistes, musicologues ou DJ, c'est la façon dont les pays dudit tiers monde, et particulièrement l'Afrique, sont capables de détourner les technologies les plus quotidiennes. Dans une interview donnée en 2008 au magazine Rolling Stone, la chanteuse M.I.A. évoquait ainsi comment de jeunes Angolais, trop fauchés pour pouvoir s'équiper d'un matériel perfectionné, étaient parvenus à l'aide de téléphones mobiles à composer leurs premières mélodies et refrains électroniques.

Frédéric Galliano, plus au fait de la réalité des musiques africaines, parle quant à lui plus volontiers d'appropriation que de détournement. «Il ne s'agit pas pour eux, à l'image d'artistes occidentaux comme Robert Henke, d'inventer de nouveaux instruments. On assiste plutôt à une appropriation sans vergogne d'un médium, Internet, ainsi que d'un outil, ici le logiciel simple et gratuit, Fruity Loops, afin d'exprimer une culture africaine. Les artistes du Kuduro ne se contentent pas comme certains de leurs compatriotes d'imiter le hip hop venu d'ailleurs. Ils inventent une musique qui leur est propre». Mieux, ajoute cet ambassadeur des nouvelles cultures africaines, «depuis la fin des années 1990, en Afrique, on a assisté à un changement complet de la circulation de l'information grâce au Net. Aujourd'hui, dans n'importe quelle petite ville reculée, on peut se connecter au réseau mondial.»…

Cette nouvelle capacité pour les pays du sud d'accéder aux mêmes technologies que nous, fait que l'on met des moyens à disposition de jeunes artistes au potentiel fabuleux.

Et Frédéric Galliano de conclure : «Ce nouvel accès aux technologies va créer un phénomène d’ébullition artistique. Cela a été le cas avec le Kuduro et dans l'avenir, je peux vous promettre que toute une nouvelle partie du monde va suivre le mouvement».


Tout un symbole : le drapeau de l’Angola, surmonté d’un ordinateur portable.

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